Les travailleurs répondent aux changements qui secouent « l’ordre » capitaliste mondial

Conférence du Parti socialiste des travailleurs

Terry Evans
et John Studer
le 16 juillet 2018

Voici le second de deux articles sur les discussions et les décisions qui ont marqué la Conférence des travailleurs actifs parrainée par le Parti socialiste des travailleurs, qui a eu lieu à Oberlin en Ohio, et la réunion du Comité national du parti juste après.

L’article de la semaine dernière décrivait comment les grèves et les luttes des enseignants en Virginie occidentale et dans d’autres États annoncent une nouvelle étape dans la lutte des classes, qui inspire d’autres travailleurs à travers les États-Unis. « Construire le mouvement ouvrier » sera l’axe du travail des fractions syndicales du parti, a dit Jack Barnes, secrétaire national du SWP. En même temps, le parti fera campagne de porte en porte auprès des travailleurs avec le Militantet des livres sur la politique de la classe ouvrière et il participera aux luttes sociales et politiques dans les intérêts des travailleurs.

L’article résumait également ce que pense Jack Barnes des changements dans la politique et la lutte de classe dans le monde, y compris des discussions entre le président Donald Trump et le chef d’État nord-coréen Kim Jong Un, ainsi que des guerres et conflits de classe en Israël et en Palestine, en Syrie et en Iran.

Quelques soient les buts recherchés par les dirigeants US, a affirmé Jack Barnes, les mesures prises par Washington dans ces régions peuvent avoir des conséquences positives pour les travailleurs. Elles peuvent contribuer à ouvrir un espace pour les travailleurs et leur permettre de s’organiser et gagner en expérience de lutte contre leurs propres classes capitalistes au pouvoir. Elles peuvent contribuer à renforcer la solidarité malgré toutes les divisions nationales et religieuses alimentées par les impérialistes et permettre d’avancer vers la construction d’une nouvelle direction de la classe ouvrière.

Jack Barnes a abordé le mythe entourant des institutions telles que le G7, « l’Union » européenne et l’OTAN, et leur désintégration croissante.

Le récent sommet du G7 à Québec a mis en évidence le rôle toujours dominant de Washington comme puissance impérialiste économique et militaire dans le monde. Malgré le déclin relatif des dirigeants US depuis que leur domination a culminé au milieu du vingtième siècle, les autres « membres » du G7 – c’est-à-dire les familles dirigeantes de l’Allemagne, de la France, du Royaume uni, du Japon, de l’Italie et du Canada – déclinent tous plus rapidement.

Ces rituels annuels sont supposés être des déploiements somptueux aux dépens des travailleurs et des agriculteurs de ces pays et du reste du monde. Ils s’évanouissent en un jour ou deux avec des « communiqués communs » insipides sur lesquels ils s’étaient mis d’accord avant même que la réunion commence.

Pas cette fois-ci. Donald Trump est arrivé en retard et est parti plus tôt. Cette année, le sommet devait porter principalement sur des déclarations moralisatrices à propos du changement climatique et de la « diversité de genre. » Mais le président US a sidéré tous les participants (à l’exception du nouveau premier ministre italien) en proposant de réadmettre Moscou, expulsé en 2014 après l’invasion et l’annexion de la Crimée par le gouvernement de Vladimir Poutine. « Que ça vous plaise ou non, » a dit Donald Trump, les puissances capitalistes « ont besoin [de la Russie] à la table des négociations. »

Ensuite il a consterné les chefs d’État, allemand et français en particulier, en proposant que les sept membres abolissent purement et simplement toutes les barrières douanières entre eux. Cette initiative n’était franchement pas la bienvenue dans la mesure où « l’Union » européenne, dominée par Berlin et dans une moindre mesure Paris, est un bloc protectionniste contre Washington, les puissances impérialistes rivales et les pays semi coloniaux.

« Aujourd’hui, les travailleurs ont davantage confiance dans leur capacité de lutter pour les besoins de notre classe, plus ouverts à une voie révolutionnaire. »

Les dirigeants US ont perdu la guerre froide

Les dirigeants US sont sortis de la seconde guerre impérialiste en vainqueurs incontestés, a dit Jack Barnes. À la fin des années 1940 et 1950 ils ont mis en place un lacis d’institutions internationales et « d’alliances » dans le but de consolider leur domination sur les marchés mondiaux et leur influence politique et militaire. Les Nations unies et l’OTAN font partie de ces institutions qui ont constitué la structure au sein de laquelle ils ont dominé l’ordre capitaliste mondial pendant des décennies.

Les dirigeants capitalistes en Europe, plus faibles, se sont ligués dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Union européenne. Celle-ci, qui est en apparence une « communauté », est devenue de fait un véhicule qui a permis aux dirigeants capitalistes en Allemagne, plus forts économiquement, de s’enrichir en s’appropriant la plus-value produite par les travailleurs et les agriculteurs des mains des classes dirigeantes plus faibles du Sud de l’Europe. Et pourtant beaucoup de gens à travers le continent, issus des couches moyennes libérales, continuent de s’accrocher à l’illusion que l’Union européenne pourrait devenir les « États-Unisd’Europe, » un seul État très compétitif à l’échelle mondiale.

Washington a lancé la guerre froide à la fin des années 1940 non pour abattre les régimes staliniens en Union soviétique et leurs satellites en Europe de l’Est et centrale, mais pour freiner l’inévitable montée de la lutte des classes des deux côtés de ce qu’ils appelaient le « rideau de fer. » Il cherchait à convaincre les travailleurs de « l’Est » et de « l’Ouest » qu’ils étaient des ennemis plutôt que des camarades de travail qui partagent les mêmes intérêts de classe, cela dans le but de les diviser et les affaiblir.

Les régimes staliniens ont implosé entre 1989 et 1991, pourris de l’intérieur par les privilèges bureaucratiques et l’oppression de la classe ouvrière. Au milieu des décombres, les dirigeants US ont avidement rempli leurs coffres, en faisant appel à des « experts en privatisation » venus d’Harvard ou d’ailleurs. Au moment où de nouvelles classes exploiteuses restauraient le capitalisme dans ces pays, les impérialistes US et leurs porte-parole se vantaient « d’avoir gagné la guerre froide. »

Ce qu’on voit plutôt se produire aujourd’hui, c’est que l’OTAN, le G7 et d’autres piliers de ce qui devait être le « siècle américain » se désintègrent. Même chose pour l’Union européenne comme le montrent entre autres choses le « Brexit » au Royaume uni, le pillage de la Grèce par l’Allemagne et le récent résultat des élections en Italie.

Les perspectives d’une « plus grande union, » impossible depuis le départ, a expliqué Jack Barnes, se fissurent sous la pression de la crise économique, sociale et morale du capitalisme dans le monde. Pendant des décennies, les dirigeants des nations dominantes en Europe ont prétendu agir en tant que puissances mondiales sans toutefois maintenir la force militaire nécessaire pour y arriver. Aujourd’hui, les dirigeants allemands possèdent une poignée d’avions de chasse prêts au combat et pas de sous-marin digne de ce nom. La puissance navale et aérienne de l’impérialisme britannique, qui fut un temps considérable même pendant sa période de déclin suivant la seconde guerre mondiale, décline à un rythme accéléré.

La Russie émerge aujourd’hui comme une puissance capitaliste régionale qui défend ses frontières par des manœuvres militaires à l’est de l’Ukraine et dans d’autres anciennes républiques soviétiques. Elle étend son influence au Moyen-Orient, particulièrement au moyen de ses bases aériennes et navales et d’un accès à la mer Méditerranée à partir de la Syrie. Dans ce pays, Moscou est la principale force qui rivalise avec les dirigeants US alors que les « alliés » de Washington comme Londres et Paris n’y jouent qu’un rôle marginal.

Les dirigeants US cherchent à entreprendre des discussions avec Moscou, a expliqué Jack Barnes. Peu de temps après la fin de la conférence du SWP, Trump et Poutine ont annoncé qu’ils allaient se réunir le 16 juillet à Helsinki, en Finlande. L’ordre du jour sera dominé par le Moyen-Orient. Le gouvernement capitaliste de Russie a aidé à préparer le terrain pour ces discussions en autorisant le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou à attaquer les troupes iraniennes en Syrie ainsi que les forces du Hezbollah du Liban, dominées par Téhéran, qui menacent Israël. En échange, le gouvernement israélien accepte de ne pas remettre en cause les intérêts russes en Syrie ni le pouvoir tyrannique de son président, Bachar al-Assad.

Luttes pour des augmentations de salaire et la sécurité au travail

Aux États-Unis, la production et les embauches augmentent après des décennies de stagnation des salaires et d’attaques patronales, a ajouté Jack Barnes. Les travailleurs ont davantage confiance en leur capacité de lutter pour les besoins de notre classe, en commençant par des augmentations de salaire et des conditions de travail plus sûres. Mais en même temps, il n’y a jamais eu une aussi faible proportion de travailleurs qui ont un emploi ou qui travaillent à plein temps.

Les agriculteurs aussi chercheront des façons de résister à l’impact catastrophique de l’augmentation des taux d’intérêt et des bas prix pour leurs produits, qui menacent de leur faire perdre leur terre. La plupart ont déjà eux aussi un travail salarié qui rapporte suffisamment pour leur permettre de tenter de garder la ferme et de mettre de la nourriture sur la table.

Il y a un an, le SWP venait tout juste de commencer à reconstruire des fractions industrielles. Aujourd’hui, la plupart des membres du parti sont organisés dans des fractions syndicales, prêts à se joindre à leurs camarades de travail pour se solidariser avec des luttes de travailleurs au travail et avec d’autres luttes contre les brutalités policières, pour l’amnistie des travailleurs migrants et autour d’autres questions sociales. Comme l’indiquait la banderole de la conférence, nous sommes prêts à « construire le mouvement ouvrier, » a soutenu Jack Barnes, et ce faisant, à construire le Parti socialiste des travailleurs.

Les libéraux attaquent les droits des travailleurs

La politique étrangère de Donald Trump suscite l’adhésion croissante des familles dirigeantes US et, pour des raisons toutes différentes, de beaucoup de travailleurs. Ce sont dans leur grande majorité les fils, filles ou proches de travailleurs et d’agriculteurs qui meurent, sont blessés ou tourmentés pour le reste de leur vie par les guerres de Washington. Après 16 années d’aventures militaires sous Georges Bush et Barack Obama, les travailleurs voient d’un bon œil ce qui pourrait signifier moins de combats et de carnages.

Néanmoins la presse et les commentateurs libéraux ainsi que la gauche au sein de la classe moyenne restent obsédés par leur « résistance » hystérique au résultat des élections de 2016, a commenté Jack Barnes. Dans une chronique du New York Timesintitulée « Un traître et ses complices, » Paul Krugman a présenté de manière crue leur perspective et leur véritable cible : les travailleurs.

Krugman y affirme que Trump lui-même est « de fait un agent étranger » au service de Moscou. Mais ce chroniqueur du New YorkTimeset lauréat du prix Nobel d’économie concentre ensuite son tir sur « ceux qui rendent possible cette trahison de l’Amérique. » Qui sont-ils ? Sa « base, » répond Krugman. Ce dont il parle, ce sont des travailleurs qui ont voté pour Trump et non pour Hillary Clinton. Cette base, poursuit Krugman, adore Trump pour « ses excès de cruauté envers les minorités raciales et pour la façon dont il enfonce son pouce dans les yeux des « élites  » (parmi lesquelles il s’inclut bien entendu ainsi que ses collègues libéraux).

Cette description méprisante des travailleurs – et pas simplement de ceux qui ont voté pour Trump mais de dizaines de millions d’entre nous, aux yeux de ces porte-parole bourgeois et de la classe moyenne – nous conduit à la phrase finale de Krugman. Si d’autres élections devaient se terminer comme celle de 2016, craint-il, « l’Amérique telle que nous la connaissons serait finie. » Krugman et les couches sociales très à l’aise au nom desquelles il parle sont déterminés à restreindre les droits constitutionnels des travailleurs, a poursuivi Jack Barnes, y compris le droit de vote et la capacité d’élire quelqu’un comme Trump plutôt qu’un démocrate. Une autre chronique du New York Times, une tribune libre de Bryan Van Norden, a exprimé cet objectif de classe anti-ouvrier de façon encore plus manifeste. Sous le titre « L’ignorant n’a pas droit à un public, » il s’en prend à l’utilisation par les travailleurs du premier amendement. Une « opinion stupide, » prétend-il, ne devrait pas avoir la même diffusion qu’une « opinion intelligente. » Il voudrait octroyer aux méritocrates comme lui un droit de veto sur les droits de notre classe. (Quel exemple d’apologiste des relations de propriété et de la domination de classe capitalistes ! Jack Barnes décortique leurs justifications dans son récent livre Sont-ils riches parce qu’ils sont intelligents ? Classe, privilège et apprentissage sous le capitalisme.)

Cette offensive réactionnaire constitue un danger mortel pour les travailleurs, qui avons besoin des droits que nous avons conquis dans des batailles sanglantes encore plus aujourd’hui, au moment où débute une nouvelle période de luttes de classe.

Les leçons des communistes qui nous ont ouvert la voie constituent un héritage irremplaçable, a affirmé Jack Barnes aux participants à la conférence. De Marx et Engels jusqu’à Lénine et Fidel Castro – les dirigeants centraux des deux grandes révolutions socialistes du vingtième siècle – nous pouvons étudier et apprendre de ce qu’ils ont écrit, mais surtout de ce qu’ils ont fait.

C’est pourquoi, l’arsenal de livres de notre parti est si important : des livres de dirigeants de luttes révolutionnaires comme Thomas Sankara au Burkina Faso, un pays de l’Afrique de l’Ouest, et de Maurice Bishop de l’île antillaise de Grenade ; de membres de notre parti et d’autres combattants dans les grèves et les campagnes de syndicalisation des Teamsters dans les années 1930 ; de Malcolm X ; de James P. Cannon, un des fondateurs du communisme américain ; et de beaucoup d’autres.

« Je veux en apprendre davantage sur ce que font les communistes, y compris en tant que syndicalistes. On ne peut découvrir cela dans l’abstrait, » a dit Samantha Hamlin au Militantaprès la présentation de Jack Barnes. Elle en était à sa première conférence après avoir adhéré récemment au SWP. Elle a hâte de se joindre à une des fractions syndicales du parti. Elle a participé à la treizième Brigade internationale du premier mai à Cuba au printemps et a fait campagne en faisant du porte-à-porte au Kentucky et en participants aux manifestations des enseignants en Caroline du Nord avec des membres du SWP.

Les droits des femmes et la classe ouvrière

« Peu de questions sont plus importantes que celle de fonder l’émancipation des femmes sur une base scientifique, » a affirmé Mary-Alice Waters dans l’une des deux autres présentations, intitulée « La propriété privée et l’oppression des femmes : la voie de la classe ouvrière vers l’émancipation. » Il ne peut y avoir de révolution socialiste, a-t-elle affirmé, « sans lutter pour mettre fin à toutes les formes de dégradation des femmes. »

La subjugation des femmes « n’est pas inhérente à la nature humaine, » a maintenu Mary-Alice Waters. Elle n’a pas surgi de conflits entre les hommes et les femmes. Mais elle est « liée à la façon dont se sont désintégrées les structures communales de la société avant l’émergence des classes. Dans ce processus, la grande majorité des travailleurs, femmes ethommes, ont été subjugués » par la classe émergente qui s’est emparée de l’accumulation croissante de surplus de production et de richesse – une classe qui, pour des raisons historiques, a fini par être dominée par des hommes.

« La propriété privée et l’oppression des femmes ont la même origine, » a soutenu Mary-Alice Waters. C’est le cas depuis des millénaires. Mais avec l’expansion mondiale des luttes contre les relations sociales capitalistes depuis le dix-neuvième siècle, quelque chose de différent est devenu possible, a-t-elle expliqué. Ça a ouvert la porte à la lutte pour restaurer l’égalité pour les femmes.

« Peu de questions sont plus importantes que celle de fonder l’émancipation des femmes sur une base scientifique. »

Il existe beaucoup de merveilleux livres à lire à ce sujet, a dit Mary-Alice Waters1. Mais aujourd’hui la plupart des professeurs d’université libéraux nient qu’il existe le moindre fondement scientifique à l’oppression des femmes et à la manière d’y mettre fin. Ils disent plutôt que les femmes et les hommes – à travers les siècles et les continents – ont vécu dans « des cultures diverses » sans évolution historique ni de caractéristiques communes. Cette approche sans fondement historique dissimule comment est né le statut de deuxième classe des femmes : dans l’émergence sanglante de la société divisée en classes, dans ses formes variées et concrètes.

Les luttes au cours des derniers siècles pour améliorer le statut des femmes, a précisé Mary-Alice Waters, sont un produit de l’intégration croissante des femmes dans la population active, aux côtés des hommes, sous le capitalisme ; des avancées scientifiques qui facilitent le travail domestique et permettent le contrôle des naissances ; et des gains durement arrachés par le mouvement ouvrier, les Noirs et les femmes. Cette année seulement, a-t-elle rappelé, nous pouvons souligner la victoire dans la lutte pour les droits à l’avortement en Irlande et le rôle de direction des femmes dans la vague de batailles des enseignants.

« Toutes les femmes sont opprimées en tant que femmes, » a soutenu Mary-Alice Waters. « Mais comment lutter efficacement contre cette oppression et gagner demeure une question de classe. »

« Le soi-disant « mouvement » #moiaussi » n’est pas un modèle, » a expliqué Mary-Alice Waters. Avoir pour objectif « d’humilier des hommes » est le contraire de ce qui est nécessaire et possible pour amener nos compagnons de travail et d’autres, femmes et hommes, à comprendre comment les dirigeants utilisent l’oppression des femmes pour diviser et affaiblir les travailleurs et les syndicats.

Une vive discussion s’est produite lors d’une séance de questions et réponses animée par Mary-Alice Waters et Katherina Timpton le lendemain de la présentation. Quelques personnes à cette séance ont exprimé leur désaccord avec le refus de Mary-Alice Waters de reconnaitre le côté positif des révélations #moiaussi d’artistes riches et influentes d’Hollywood dans la lutte pour l’émancipation des femmes.

D’autres participants ont répondu en soulignant leur propre expérience dans l’industrie et les syndicats. Ils ont décrit comment les préjugés contre les femmes au travail et le harcèlement sexuel, que ce soit de la part de patrons ou de compagnons de travail, ont été repoussés en tendant la main aux compagnons de travail, hommes et femmes, et au syndicat. Ils ont décrit comment on peut forger la solidarité et l’unité de la classe ouvrière dans la lutte pour repousser les assauts des patrons contre les travailleurs et contre notre dignité humaine. Ils ont dit que c’était ça la voie à suivre, non pas de demander aux patrons de discipliner ou de mettre des travailleurs à la porte.

Comme l’a dit Malcolm X à propos des Américains africains aux États-Unis, a insisté Mary-Alice Waters : « Les femmes aussi n’ont pas besoin d’être éveillées à notre oppression mais plutôt à notre valeur. Éveillées à un cours politique pour lutter ensemble afin de renverser la domination de classe et l’oppression sous toutes ses formes. »

La classe ouvrière est porteuse de la culture

« La crise du capitalisme est avant tout une crise culturelle et morale, » a souligné Dave Prince, membre du Comité national du SWP, dans sa présentation sur « La révolution prolétarienne et la culture. »

À travers l’histoire, ce qu’on a appelé la « culture » est une expression de la classe dominante et de ses relations de propriété, a-t-il affirmé. « Sous le capitalisme, les grandes conquêtes de l’humanité sont utilisées pour accroître l’exploitation des travailleurs et pour justifier la domination par les classes possédantes. Les progrès scientifiques et technologiques sont utilisés aux fins de la guerre. »

Mais notre classe peut contrer la moralité capitaliste de cette loi de la jungle, quand nous nous organisons pour surmonter les divisions que les capitalistes nous imposent. Les travailleurs communistes parlent et agissent comme tribuns pour tous les opprimés.

Avec la conquête du pouvoir politique par les travailleurs et le renversement de la domination capitaliste, a expliqué Dave Prince, nous pouvons balayer les relations de propriété qui créent les antagonismes de classes. Nous pouvons transformer les conditions sociales et, en même temps, nous transformer en construisant une nouvelle société dans laquelle, comme Marx et Engels l’ont inscrit dans le Manifeste communiste, « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »

À partir de leçons de Lénine et Trotsky pendant la révolution bolchevique victorieuse en Russie, Dave Prince a dit que les travailleurs d’avant-garde tomberaient dans un piège s’ils se repliaient sur soi et tentaient de créer ou, pire encore, d’imposer leur propre « culture prolétarienne. » La classe ouvrière a intérêt à défendre les plus grandes réalisations de toute la société de classe antérieure. Les dirigeants de la révolution cubaine ont enrichi en paroles et en actes cette continuité communiste, a poursuivi Dave Prince.

La promotion de l’alphabétisation et la culture est cruciale pour les travailleurs, a-t-il ajouté. « Si nous ne le faisons pas, nous ne pouvons prendre les rênes du pouvoir entre nos mains et forger les outils essentiels pour transformer la société au bénéfice de tous. »

Il a cité l’exemple de la pièce de théâtre « Sankara », à l’affiche plus tôt cette année au théâtre Cockpit de Londres (d’autres représentations sont prévues cet automne). La pièce décrit les efforts de Thomas Sankara pendant la révolution au Burkina Faso de 1983-1987 pour amener les travailleurs, a dit Dave Prince, « à se débarrasser des mensonges impérialistes qui les rabaissent et dominent leurs vies, créant les conditions pour leur transformation. » Plusieurs personnes qui ont assisté à la pièce pour se divertir, a-t-il poursuivi, sont parties avec le désir d’en savoir plus sur la direction communiste de Thomas Sankara et la révolution burkinabè.

Des cours ont aussi eu lieu durant la conférence, entre autres sur « La lutte de classes, le communisme et la question juive : de la Palestine et l’Israël à l’Iran » ; « L’héritage politique de la révolution grenadienne et le leadership communiste » ; « La libération des Noirs et le mouvement ouvrier », et « La Corée est un seul pays ! Troupes américaines hors de Corée maintenant ! »2

Ouvertures pour les travailleurs communistes

La conférence s’est terminée par des présentations sur les ouvertures politiques pour le mouvement communiste. Celles-ci allaient de la participation à des grèves et d’autres luttes ouvrières et syndicales aux activités en appui aux travailleurs de Porto Rico qui luttent contre la dévastation qu’entraîne la domination coloniale américaine ; à des campagnes dans les quartiers ouvriers avec le Militantet les livres par des dirigeants révolutionnaires ; à la participation aux foires du livre dans la région du Kurdistan en Irak, aux Philippines et à Cuba. Et bien plus encore, tel que décrit chaque semaine dans ce journal ouvrier.

Holly Harkness, une partisane du parti qui organise le centre de distribution des éditions Pathfinder à Atlanta, a dit aux participants à la conférence que les volontaires chargés de garder en stock les livres utilisés par le parti ont adopté des mesures pour réimprimer les livres plus rapidement. Cela contribue à améliorer la rapidité de réponse du SWP aux développements politiques et à la lutte des classes, a-t-elle expliqué.

Le lendemain, les partisans du SWP se sont rencontrés pour discuter de la façon de faire avancer leur travail. Les partisans contribuent à la conception des livres des éditions Pathfinder, la mise en page et la lecture d’épreuves ; à l’organisation de l’impression des livres ; à la diffusion dans les librairies, les bibliothèques et chez les grands distributeurs comme Amazon ; à l’emballage et l’expédition aux branches du parti ; à l’affichage de chaque numéro du Militantsur son site web (récemment rénové !) ; et à l’organisation des contributions financières mensuelles pour le travail politique du SWP.

Lors de l’événement de clôture de la conférence, Samir Hazboun a décrit comment il s’est joint au parti récemment. Samir Hazboun avait rallié d’autres personnes là où il vivait au Tennessee à se joindre aux brigades à Cuba afin d’en apprendre plus sur cette révolution des travailleurs et des agriculteurs. À Cuba comme à leur retour, il a travaillé avec les membres du SWP non seulement pour expliquer et défendre la révolution socialiste à Cuba mais surtout pour émuler son exemple en organisant une révolution aux États-Unis.

La montée des luttes ouvrières aujourd’hui aide à recruter des travailleurs et des jeunes au Parti socialiste des travailleurs, a affirmé Samir Hazboun.

La conférence s’est terminée par une collecte pour un appel de fonds estival de 33 800 $.

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1.Parmi eux figurent L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État,de Frederick Engels ; Is Biology Woman’s Destiny (La biologie est-elle le destin de la femme ?) et d’autres titres d’Evelyn Reed ; Cosmetics, Fashions and the Exploitation of Women (Les cosmétiques, la mode et l’exploitation des femmes) d’Evelyn Reed et Joseph Hansen, avec une introduction par Mary-Alice Waters ; Women in Cuba : The Making of a Revolution Within the Revolution (Les femmes à Cuba : Une révolution au sein de la révolution) de Vilma Espín et d’autres; L’émancipation des femmes et la lutte de libération de l’Afrique, de Thomas Sankara ; une brochure de Lénine difficile à trouver, Sur l‘émancipation de la femme ; et Women and the Family (Les femmes et la famille)de Léon Trotsky.

2. La lecture pour ces cours, envoyée aux participants avant la conférence, comprenait la déclaration du SWP « Pour la reconnaissance d’un État palestinien et d’Israël » ; « Révolution, contre-révolution et guerre en Iran » ; et « US Out of Korea! An Unknown History »(US, hors de la Corée ! Une histoire méconnue) – tous disponibles sur le site web du Militant – ainsi que les livres Malcolm X, la libération des Noirs et la voie vers le pouvoir ouvrier,de Jack Barnes ; Maurice Bishop Speaks (Maurice Bishop parle) ; et « Le deuxième assassinat de Maurice Bishop, » par Steve Clark dans Nouvelle Internationale no 3.