Ottawa réclame des peines sévères contre les dirigeants des camionneurs au Canada

John Steele
le 11 août 2025

MONTRÉAL — Les procureurs fédéraux réclament des peines de prison « exceptionnellement » sévères contre Tamara Lich et Chris Barber. Ils étaient des porte-parole importants du Convoi de la liberté en 2022, qui était organisé par des camionneurs pour réclamer l’abrogation des mesures imposées par le gouvernement dans le cadre de la COVID-19 et qui menaçaient leurs gagne-pain.

Barber et Lich ont été condamnés le 3 avril pour « méfait », une accusation montée de toutes pièces, qui constitue un crime grave selon la loi canadienne.

Lors d’une audience de détermination de la peine qui s’est tenue à Ottawa les 23 et 24 juillet, les procureurs du gouvernement ont requis sept ans de prison pour Tamara Lich et huit ans pour Chris Barber, un camionneur. Ce dernier a aussi été reconnu coupable d’avoir incité d’autres personnes à désobéir à une ordonnance du tribunal.

Les procureurs demandent également au tribunal de confisquer le semi-remorque de Barber.

« La nature vindicative du bureau du procureur est devenue trop évidente pour être ignorée », a déclaré Lich aux médias avant le début de l’audience. Cela « créera un précédent qui affectera tous les Canadiens qui choisissent de manifester pacifiquement ».

« Le véhicule n’est pas la question », a expliqué Chris Barber lors d’une audience en avril après avoir appris la détermination des procureurs à confisquer son camion. « Ils veulent effacer l’esprit du convoi et faire de nous un exemple afin que personne n’ose plus jamais tenir tête. »

Le Convoi de la liberté était-il « séditieux » ?

Le Convoi de la liberté a été lancé par des camionneurs de l’ouest du Canada en janvier 2022 après que leurs emplois aient été menacés par un décret du gouvernement fédéral leur interdisant la traversée de la frontière canado-américaine à moins d’avoir été vaccinés contre la COVID.

Des centaines de camionneurs de tout le pays ont sauté dans leurs camions, souvent accompagnés de leurs conjoints et de leurs enfants, et se sont rendus à Ottawa pour exiger que le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, abroge cette mesure.

Le Convoi de la liberté a bénéficié, au Canada comme aux États-Unis, d’un large soutien de la part de travailleurs lassés des mesures de confinement imposées par le gouvernement et d’autres mesures anti-ouvrières.

Le 7 février 2022, Mark Carney, aujourd’hui Premier ministre du Canada, a exigé qu’Ottawa agisse de manière décisive contre les protestations, affirmant qu’elles constituaient une « sédition » et une « insurrection ».

« Ceux qui contribuent toujours à prolonger cette occupation doivent être identifiés et punis avec toute la force de la loi », a-t-il insisté.

Prétendant frauduleusement que la manifestation des camionneurs dans la capitale créait une « menace pour la sécurité nationale » et une « urgence nationale en matière d’ordre public », le 14 février 2022 Trudeau a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence. Celle-ci confère à la police des pouvoirs draconiens. Les comptes bancaires des dirigeants du convoi et d’autres participants ont été gelés sans décision de justice.

Tamara Lich et Chris Barber ont été arrêtés le 17 février. Le lendemain, le gouvernement a mobilisé 3 000 policiers lourdement armés pour disperser la mobilisation, qui durait depuis trois semaines. Ils ont arrêté et inculpé des centaines de personnes. Lich et Barber ont été emprisonnés pendant des mois. Il s’agit de l’une des opérations policières les plus répressives de l’histoire canadienne.

Le comité exécutif du Syndicat des employés et employées de la fonction publique de l’Ontario a condamné le recours à la Loi sur les mesures d’urgence contre les camionneurs, mettant en garde contre la possibilité qu’elle soit également déployée contre les travailleurs dans l’exercice de leur droit de grève pour obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail.

En janvier dernier, un tribunal fédéral a déclaré illégal le recours à la Loi sur les mesures d’urgence contre le Convoi de la liberté, car il n’y avait en fait aucune urgence nationale en matière d’ordre public. Ottawa fait appel de cette décision.

Lors de l’audience de détermination de la peine qui s’est tenue les 23 et 24 juillet, les avocats de Lich et Barber ont demandé à la juge Heather Perkins-McVey de prononcer une « absolution inconditionnelle », la peine la plus clémente possible, qui ne serait pas inscrite dans leur casier judiciaire.

La procureure Siobhan Westcher a reconnu que le convoi n’était pas violent, mais a fait valoir qu’il avait été organisé « dans l’intention claire de faire pression sur le gouvernement par la perturbation de l’ordre public ».

« Les syndicats doivent prendre la tête de la défense de Tamara Lich et Chris Barber en faisant campagne pour l’annulation de leurs condamnations et pour l’abrogation de la Loi sur les mesures d’urgence », a déclaré le 25 juillet au Militant Philippe Tessier, candidat de la Ligue communiste à la mairie de Saint-Léonard, un arrondissement de Montréal.

Le 12 septembre, une audience aura lieu pour examiner la demande du ministère public de confisquer le camion de Barber. Le 7 octobre, la juge Perkins-McVey prononcera les peines de Lich et Barber.