Dans la guerre au Moyen-Orient, les dirigeants US veulent une « Pax Americana », du pillage et des profits

Seth Galinsky
le 17 août 2026
Le 12 septembre 2024 à Dubaï, des hommes d’affaires chinois rencontrent?des responsables des Émirats arabes unis
Bureau de presse du gouvernement de DubaïLe 12 septembre 2024 à Dubaï, des hommes d’affaires chinois rencontrent?des responsables des Émirats arabes unis

Le président Donald Trump a annulé une attaque contre l’Iran prévue pour le 3 août, puis a aussitôt menacé de « décapiter » les dirigeants du pays en frappant l’Iran plus durement que dans n’importe quelle attaque « depuis la deuxième guerre mondiale » si Téhéran ne cède pas aux exigences des États-Unis.

Parallèlement, le président US continue d’exiger qu’Israël s’abstienne de lancer de nouvelles opérations militaires défensives contre le régime iranien et ses principaux alliés, le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban.

À première vue, la guerre en dents de scie des États-Unis contre l’Iran et la pression qu’ils exercent sur Israël peuvent sembler illogiques.

À l’instar de tous les présidents démocrates et républicains des 125 dernières années, Donald Trump défend les intérêts de la classe capitaliste possédante des États-Unis. Il ne cherche pas à détruire totalement la capacité militaire du régime iranien ni à renverser ce dernier. Le Pentagone a délibérément évité d’attaquer de nombreux sites militaires de Téhéran, malgré son contrôle quasi total de l’espace aérien iranien.

Du point de vue des dirigeants US, c’est tout à fait logique. Trump cherche à mettre en place une « Pax Americana » au Moyen-Orient, comme celle que les dirigeants US ont tenté, sans succès, d’imposer à l’échelle mondiale après avoir émergé de la Deuxième Guerre mondiale comme la puissance impérialiste dominante. Ceci impliquerait que les régimes de toute la région courbent l’échine devant la supériorité des États-Unis.

L’administration Trump tente d’approfondir ses relations avec les régimes capitalistes de la Turquie, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte, de la Jordanie, de la Syrie, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Koweït, d’Oman, de Bahreïn, de l’Irak et de l’Iran, qui ont tous leurs propres rivalités. Washington veut de la stabilité et le consentement de ces régimes au « droit » des dirigeants US de piller les ressources pétrolières et gazières de la région et d’en exploiter les travailleurs.

Un objectif des États-Unis : faire reculer Pékin

Et les capitalistes US veulent contrer les avancées de leur principal rival, Beijing. Les investissements chinois au Moyen-Orient ont progressé plus rapidement que partout ailleurs dans le monde. Avant la guerre, quelque 370 000 travailleurs chinois étaient basés dans les seuls Émirats arabes unis. Pékin a investi environ 270 milliards de dollars US dans la région au cours des 20 dernières années, selon l’American Enterprise Institute.

Selon Washington, Téhéran doit renoncer à se doter d’armes nucléaires. Mais en réalité, les négociateurs US ont seulement insisté pour que Téhéran accepte de diluer l’uranium déjà enrichi et de se faire imposer deux décennies de restrictions sur tout futur enrichissement.

Malgré les coups qu’il a subis, le régime iranien détient toujours deux navires, et leurs équipages, qu’il a détournés le 22 avril et il continue de menacer la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz.

Les forces armées US dominent le détroit et les eaux du golfe Arabo-Persique. Environ 75 % des marins et des navires qui avaient été bloqués pendant la guerre de 40 jours ont pu reprendre la mer. Bien qu’en nombre bien inférieur qu’avant la guerre, des dizaines de navires traversent le détroit chaque jour, transportant en moyenne 4 millions de barils de pétrole.

En revanche, le blocus des ports iraniens réimposé par la marine US a stoppé net le commerce maritime de l’Iran. Comme pour les sanctions financières imposées par les États-Unis, ce sont les travailleurs en Iran qui en paient le tribut le plus lourd.

La hausse des prix, les pénuries de carburant et d’eau ainsi que des licenciements massifs ont contraint de nombreux travailleurs et des couches de la classe moyenne à vendre une partie de leurs biens, y compris des appareils électroménagers, afin d’obtenir assez d’argent pour simplement survivre. Ceci a aussi suscité des manifestations à travers le pays de gens qui en ont assez des guerres de Téhéran.

Des ouvriers de la construction chinois aux Émirats arabes unis cette année,?parmi les plus de 300 000 qui y travaillent. Les dirigeants US visent à repousser Beijing?et leurs autres concurrents afin d’accélérer leur pillage des ressources du Moyen-Orient.
Des ouvriers de la construction chinois aux Émirats arabes unis cette année,?parmi les plus de 300 000 qui y travaillent. Les dirigeants US visent à repousser Beijing?et leurs autres concurrents afin d’accélérer leur pillage des ressources du Moyen-Orient.

Trump : « C’est moi qui décide »

L’administration Trump est également incapable d’imposer sa volonté à Israël. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou « n’aura pas de choix », a déclaré Trump en juin en parlant des exigences de Washington pour qu’Israël cesse ses attaques contre le Hezbollah — une des principales exigences de Téhéran — et le Hamas. « C’est moi qui décide. Ce n’est pas lui qui décide. »

Mais quoi qu’en dise le gouvernement US, le gouvernement Nétanyahou refuse de rester les bras croisés pendant que Téhéran, le Hamas et le Hezbollah préparent de nouveaux pogroms, à l’image du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023. Israël continue de frapper les membres du Hamas à Gaza et garde le contrôle d’une large bande au sud du Liban pour empêcher le Hezbollah d’y établir de nouvelles bases à partir desquelles bombarder Israël ou franchir la frontière.

Israël est un tout petit pays, mesurant à peine 418 km de long et 16 km de large à son point le plus étroit et 113 km à son point le plus large. Sa population est d’un peu plus de 10 millions d’habitants, ce qui comprend 7 millions de Juifs, soit près de la moitié de la population juive mondiale, et quelque 2,1 millions d’Arabes. L’Iran dispose d’une superficie 80 fois plus grand qu’Israël et compte plus de 93 millions d’habitants.

Israël ne cherche pas à piller l’Iran. Il lutte pour défendre son existence en tant que refuge pour les Juifs contre les dirigeants capitalistes réactionnaires de Téhéran, qui n’ont jamais cessé de menacer de détruire Israël – qu’ils qualifient de « tumeur cancéreuse » – et d’éliminer les Juifs qui y vivent.

Saoudiens et Turcs se font concurrence

En utilisant sa puissance de feu meurtrière, Washington a porté de sérieux coups à Téhéran. Malgré les fanfaronnades du régime iranien qui prétend avoir vaincu l’impérialisme US, sa puissance militaire et économique, et celle de ses proxies, est considérablement réduite. Ses rivaux, surtout les dirigeants turcs et saoudiens, voient dans cette faiblesse une occasion de consolider leurs fortunes et leur influence.

Le régime turc, qui dispose de la deuxième plus grande armée de l’OTAN et de sa propre industrie militaire de pointe, espère combler ce vide en s’appuyant sur ses liens avec le nouveau régime en Syrie et en étendant son pouvoir à la fois à Gaza et au Liban. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a hébergé des dirigeants du Hamas et vivement attaqué Israël pour avoir défendu les Juifs contre le Hamas.

Le gouvernement saoudien cherche à se faire valoir en s’associant à Washington pour mener des attaques militaires contre les milices créées par Téhéran en Irak.

Le passage par le détroit d’Ormuz depuis ses ports orientaux est devenu plus risqué en raison de la guerre, ce qui a poussé le régime saoudien à commencer à acheminer davantage de pétrole vers la mer Rouge à l’ouest et à emprunter le détroit de Bab el-Mandeb. Cette route est maintenant menacée par les Houthis du Yémen que soutient Téhéran, qui sont engagés dans des combats intermittents avec les Saoudiens.

Le 30 juillet, le gouvernement saoudien a accueilli des représentants de 43 gouvernements pour discuter d’une riposte aux attaques des Houthis contre la navigation. Ils ont créé une Coalition multinationale de défense maritime et il est prévu de baser ses opérations militaires sur le sol saoudien.

Au milieu des alliances changeantes engendrées par la guerre et la perturbation des routes maritimes traditionnelles, certaines entreprises capitalistes profitent bien de la volatilité des prix du pétrole et du gaz.

Les sociétés US Exxon Mobil et Chevron, et les plus grandes compagnies pétrolières européennes, d’Equinor en Norvège à Shell, ont toutes réalisé des bénéfices records. Même la société saoudienne Aramco, l’entreprise la plus directement touchée par la guerre, a annoncé une hausse de 33 % de ses bénéfices.