Le mépris pour la sécurité des travailleurs, la cause des feux de forêt au Canada

John Steele
le 3 août 2026
Le 13 juillet, un équipage du Canadien National a échappé de justesse à un feu de forêt près d’Armstrong en Ontario. Teamsters Canada, le syndicat des travailleurs, exige que le CN cesse de faire circuler des trains dans les zones touchées par les feux de forêt. « Aucune cargaison ne vaut une vie humaine, » a déclaré le président du syndicat, François Laporte.
Le 13 juillet, un équipage du Canadien National a échappé de justesse à un feu de forêt près d’Armstrong en Ontario. Teamsters Canada, le syndicat des travailleurs, exige que le CN cesse de faire circuler des trains dans les zones touchées par les feux de forêt. « Aucune cargaison ne vaut une vie humaine, » a déclaré le président du syndicat, François Laporte.

MONTRÉAL – Au 18 juillet, il y avait quelque 955 feux de forêt à travers le Canada, dont la majorité n’étaient pas stabilités, selon le Système d’information sur les feux de végétation. Ce chiffre comprenait 190 feux de forêt dans le nord de l’Ontario. De dangereux nuages de fumée ont enveloppé des villes canadiennes comme Toronto, Hamilton et Thunder Bay, ainsi que Détroit, Chicago, New York et Washington aux États-Unis. Les indices de qualité de l’air ont enregistré des niveaux parmi les plus dangereux au monde.

Les dirigeants capitalistes ici sont déterminés à imputer les incendies et la menace qu’ils représentent à des causes naturelles — à tout sauf à la responsabilité du système capitaliste basé sur le profit et son mépris pour la santé et la sécurité des travailleurs.

« Les États-Unis sont envahis, sans que cela soit nécessaire, par un air dégueulasse, pollué et malsain, » a déclaré le président US Donald Trump, mettant en cause le Canada et menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane en raison de sa « négligence délibérée » en matière de gestion forestière. « Le changement climatique est de la responsabilité de tous — vraiment de tous — y compris des États-Unis, » a rétorqué le premier ministre Mark Carney lors d’une conférence de presse le 16 juillet.

Les incendies ont surtout durement affecté les communautés autochtones des Premières Nations. Le 13 juillet, une vingtaine de membres de la Première Nation Namaygoosisagagun, située à environ 950 km au nord-ouest de Toronto, ont dû s’évacuer par leurs propres moyens à bord de petits bateaux à travers un lac, tout en regardant leur communauté réduite en cendres. Ils ont tous réussi à s’ensortir sains et saufs et sont temporairement hébergés dans des hôtels à Thunder Bay. Helen Paavola, cheffe de cette petite communauté des Premières Nations, a dit qu’elle avait appelé le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario pour demander une évacuation, mais qu’aucune aide n’est jamais arrivée.

Tenir le « changement climatique » pour responsable est une diversion

Les feux de forêt et la fumée toxique de cette année sont une répétition de ce qui s’est produit en 2023, lorsque des villes comme New York ont été couvertes par une fumée orangée et dangereuse pour la santé venant des feux de forêt canadiens. Deux ans plus tôt, le quotidien Globe and Mail de Toronto avait publié un éditorial intitulé « Les feux de forêt massifs au Canada sont le résultat de décennies de mauvaises décisions ».

À l’époque, comme aujourd’hui, les responsables politiques capitalistes ont mis en cause le « changement climatique », occultant la réalité que ces « mauvaises décisions » sont inhérentes aux priorités de la course aux profits des familles capitalistes milliardaires et de leur gouvernement.

Le fait qu’environ 12% de la population canadienne — y compris un tiers des Autochtones vivant dans les réserves — réside dans les zones où le risque d’incendie de forêt est le plus élevé semble être le moindre de leurs soucis.

Le syndicat qui représente les pompiers, les pilotes et le personnel de soutien affectés à la lutte contre les feux de forêt de l’Ontario a publiquement dénoncé le gouvernement provincial pour le manque d’effectifs dans sa réponse aux incendies. Le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario a affirmé que la province dispose aujourd’hui d’environ 153 équipes d’intervention contre les incendies, mais a besoin d’au moins 250 équipes pour faire face de manière adéquate aux saisons de feux actuelles.

« Des communautés entières brûlent. Le manque de personnel est le résultat de choix délibérés du gouvernement [du premier ministre de l’Ontario Doug] Ford », a déclaré à la presse le président du syndicat, J. P. Hornick.

Les commentaires hypocrites de Trump ignorent le fait qu’exactement ce même mépris pour les travailleurs s’est manifesté dans l’inaction des autorités face à la série d’incendies qui a ravagé la Californie, de la ville de Paradise à Los Angeles.

Auteur bien connu sur des questions climatiques, Bjorn Lomberg a publié un article le 17 mars dans le Wall Street Journal intitulé « Les fausses alertes climatiques de Gavin Newsom ». Bjorn Lomberg a contesté les affirmations du gouverneur de la Californie et souligné que les 25 années de surveillance par satellite de la NASA des feux de forêt montrent que leur ampleur baisse à l’échelle mondiale, mais augmente en Amérique du Nord.

« Malgré les déclarations de M. Newsom, le réchauffement climatique n’est pas la principale cause des incendies en Amérique du Nord, explique Lomberg. Une mauvaise planification a fait construire davantage de maisons dans des zones à risque extrême d’incendie. La vague de feux de forêt en Californie provient en très grande partie d’une mauvaise gestion forestière : des décennies de suppression des feux qui ont entraîné une accumulation de matières combustibles, avec presque aucun brûlage dirigé. »

La situation n’est pas différente ici qu’aux États-Unis. « Le Canada brûle à cause d’une mauvaise politique forestière et non à cause du changement climatique » était le titre d’un article publié le 14 juin 2023 par Kenneth P. Green dans le National Post. Il cite une étude publiée en 2020 dans la revue Progress in Disaster Science. Celle-ci conclut : « Malgré la fréquence croissante des feux de forêt catastrophiques au Canada, le financement destiné à la prévention, à l’atténuation et à la préparation face aux feux de forêt n’a pas suivi le rythme des besoins croissants. »

Les faits montrent que c’est le refus, depuis des décennies, des gouvernements capitalistes et des entreprises de service public de consacrer des fonds pour embaucher le nombre de travailleurs nécessaires pour débroussailler, effectuer des brûlages dirigés, construire des logements sociaux dont les travailleurs ont grand besoin avec des matériaux résistants au feu, ainsi que pour mettre en oeuvre d’autres mesures fondées sur la science qui sont responsables des catastrophes sociales actuelles liées aux feux de forêt, et non le « changement climatique ».

En collaboration avec les communautés autochtones, le mouvement syndical au Canada doit mener une lutte sociale afin d’obliger les gouvernements provinciaux et fédéral à financer sans délai un programme national efficace de gestion forestière. Il doit être géré sous le contrôle des travailleurs et offrir des salaires au tarif syndical dans le cadre d’un programme de travaux publics financé par le gouvernement pour reconstruire les infrastructures et les logements détruits par les feux de forêt.