Des manifestations en soutien à l’Ukraine marquent le quatrième anniversaire de l’invasion russe

Roy Landersen
le 9 mars 2026

Le peuple ukrainien défend résolument la souveraineté de son pays alors que l’invasion du président russe Vladimir Poutine est entrée dans sa cinquième année le 24 février. Les frappes aériennes de Moscou sur le réseau électrique qui assure le chauffage, l’éclairage et l’eau dans le rude hiver ne font que renforcer la détermination des travailleurs ukrainiens à résister. Des milliers de personnes à travers le monde se sont rassemblées en signe de solidarité avec eux et pour marquer cet anniversaire.

« Les Russes ont privé des millions d’Ukrainiens de chauffage et d’électricité, mais ça ne suffit pas, » a déclaré dans l’édition du 24 février du New York Post Taras Ratushnyi, 52 ans, capitaine d’artillerie qui a perdu ses deux fils au combat pendant la guerre. « Ont-ils détruit nos usines de missiles ou de drones ? Non. Nous restons une force avec laquelle il faut compter. »

Poutine a déclaré le 17 décembre que « la Russie libérera ses terres historiques par des moyens militaires » à moins que Kiev et ses alliés occidentaux ne se plient aux exigences du Kremlin et acceptent de céder l’ensemble du Donbass, y compris de nombreuses zones encore aux mains des forces ukrainiennes. En réalité, en tant que chauvin grand-russe, Poutine estime que la Russie devrait contrôler l’ensemble de l’Ukraine.

Pour la première fois, les pertes massives du Kremlin sur le champ de bataille dépassent le taux de recrutement. Ceci remet en question le pari sanglant de Poutine qui pense la population russe, beaucoup plus importante, continuera de lui fournir suffisamment de chair à canon pour lui permettre de gagner, peu importe le temps qu’il faudra. Le Kremlin continue de durcir sa répression en Russie alors que le sentiment contre la guerre grogne parmi les troupes et les travailleurs au pays.

Le plus important entre deux États européens depuis huit décennies, ce conflit pousse les puissances rivales à travers le monde à accroître leurs forces armées et leurs armements en prévision de guerres plus importantes. Washington mène la charge en cherchant à maintenir sa domination mondiale de plus en plus fragile.

L’invasion de Moscou s’enlise

La guerre brutale menée par le Kremlin dure maintenant depuis plus longtemps que la bataille défensive menée par l’Union soviétique contre l’invasion de l’impérialisme allemand pendant la deuxième guerre mondiale. « Pendant la Grande Guerre patriotique, nous savions pourquoi nous nous battions », a dit le 23 février à la BBC Irina, contrôleuse de billets à la gare routière de Ielets, à 320 km au sud de Moscou. « Je ne suis pas sûre de savoir pourquoi nous nous battons aujourd’hui. »

« Beaucoup de gens ont été tués », a-t-elle ajouté, énumérant les noms de parents et d’amis qui ont péri au front.

Depuis trois ans, les défenseurs ukrainiens tiennent bon le long d’un front fortifié de 1 300 km contre l’armée de Moscou, qui est supérieure en nombre. À mesure que les drones ukrainiens ont démoli de plus de chars d’assaut qui attaquaient, l’état-major du Kremlin a opté pour des vagues d’infanterie au « hache-viande ». Malgré la perte aujourd’hui de plus de 1 000 soldats par jour, bien supérieure à celles des défenseurs, Moscou n’a gagné que 1,5 % de territoire ukrainien supplémentaire au cours des deux dernières années.

Les troupes russes ont subi jusqu’à un demi-million de morts depuis leur invasion, soit 20 fois plus que le nombre de pertes soviétiques lors de l’invasion de l’Afghanistan dans les années 1980. Et il s’agissait alors d’une guerre menée par une population bien plus grande.

L’armée russe refuse de publier des statistiques sur le nombre de soldats tués. Mais Moscou dépense désormais plus de roubles en pensions de survivants versées aux proches de centaines de milliers de soldats morts qu’il ne paie en salaires aux soldats en vie ou pour recruter de nouveaux combattants.

Des milliers de membres de familles lancent désespérément des appels en ligne pour obtenir des nouvelles du grand nombre de maris, fils ou frères que les autorités militaires ont déclarés « disparus au combat ».

En même temps, la résistance au déploiement sur le front augmente et la démoralisation parmi les troupes russes s’approfondit. On estime que quelque 18 000 soldats russes ont déserté depuis le début de la guerre.

Parmi les unités russes sur le front sud de Kherson, les désertions se multiplient. Des officiers supérieurs confisquent les cartes bancaires des soldats pour tenter de les empêcher de s’enfuir. À la fin de l’année dernière, ATESH, le mouvement partisan dans l’Ukraine occupée, a rapporté que 36 soldats de la seule 217e brigade parachutiste russe avaient abandonné leurs positions et étaient partis.

Quatre soldats russes maintenant en exil ont confié à la BBC le 24 février qu’ils avaient vu des compagnons d’armes se faire exécuter sur place par leurs officiers pour avoir refusé d’obéir l’ordre de participer à des attaques suicides. L’un d’eux a vu les corps de 20 soldats dans une fosse après avoir été « réduits à zéro » par des officiers, une expression dans l’argot militaire russe pour parler de l’exécution de leurs propres soldats.

Seul survivant de son unité de 79 soldats, Ilya dit aimer son pays, « mais pas ce que Poutine en a fait. » Dima, ancien médecin militaire, dit : « Dans l’armée russe, il y a trop de gars qui n’ont pas besoin de cette guerre, qui détestent leurs officiers, qui détestent Poutine, qui détestent notre système et pour ça, ils doivent nous casser. »

C’est pourquoi les travailleurs russes, en et hors uniforme, sont les meilleurs alliés potentiels des travailleurs ukrainiens.