Accord entre les États-Unis et Téhéran :il n’y a pas de paix au Moyen-Orient

Vivian Sahner
le 6 juillet 2026

Le 17 juin, Washington et Téhéran ont signé un « protocole d’entente » en 14 points. Mais ce n’est pas un accord de « paix ». C’est une tentative de la part de Washington de collaborer avec les dirigeants capitalistes iraniens afin de parvenir à la stabilité dont les dirigeants US ont besoin pour renforcer leur emprise impérialiste sur le Moyen-Orient.

Le président Donald Trump et d’autres représentants du gouvernement US ont avancé différents objectifs depuis qu’ils ont lancé la guerre US contre l’Iran le 28 février. Ils ont prétendu vouloir aider le peuple iranien à obtenir la « liberté », mettre fin aux efforts de Téhéran pour produire des armes nucléaires, éliminer les missiles balistiques de Téhéran et stopper son aide aux « alliés » qu’il finance et organise au Liban et à Gaza pour menacer Israël. La presse bourgeoise a systématiquement présenté cette guerre comme une guerre conjointement menée par les États-Unis et Israël.

En réalité, il s’agit de deux guerres différentes, avec des objectifs nettement opposés. Pour les dirigeants US, il s’agit d’une guerre impérialiste pour intensifier leur pillage des ressources pétrolières et gazières et exploiter les travailleurs de la région. Pour Israël, c’est une guerre défensive visant à empêcher le régime de Téhéran de mener à bien son objectif de longue date de commettre un Holocauste contre les Juifs qui y vivent.

L’administration Trump a tenu le gouvernement israélien à l’écart de ses négociations avec l’Iran, ce qui souligne le caractère conflictuel de leurs intérêts.

« Trump est revenu sur chacune de ses promesses », a écrit Ben-Dror Yemini, chroniqueur au Yedioth Ahronoth, le plus grand journal israélien, « et pour couronner le tout il a botté et humilié Israël. »

Selon le protocole d’entente, Téhéran rouvrira « sans frais » le détroit d’Ormuz pendant 60 jours et Washington lèvera son blocus sur le commerce maritime iranien et commencera à lever toutes les sanctions économiques contre Téhéran.

Washington a également accepté de débloquer 12 milliards de dollars de fonds iraniens en exigeant qu’au moins la moitié de cette somme soit utilisée pour acheter des marchandises des États-Unis.

Téhéran « réaffirme » qu’il ne « se procurera ni développera d’armes nucléaires ». Mais c’est ce que Téhéran a toujours dit, tout en construisant de profondes installations souterraines protégées pour enrichir de l’uranium à des niveaux proches de ceux nécessaires à la fabrication de bombes nucléaires.

Le protocole ne stipule pas que Téhéran doit mettre fin à tout enrichissement. Les dirigeants US et iraniens négocieront plutôt au cours des 60 prochains jours une « méthodologie » pour « diluer » en Iran la matière nucléaire déjà enrichie.

Il n’y a aucune mention des missiles balistiques de Téhéran, qu’il a utilisés de manière répétée contre Israël. Ces armes ont tué une trentaine de personnes et en ont blessé des centaines d’autres au cours de la dernière guerre. Elles ont également été utilisées contre des cibles à Bahreïn, au Koweït, à Oman, au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Imaginez la menace qui pèserait sur Israël, où vit près de la moitié des Juifs du monde, si ces missiles transportaient des armes nucléaires.

Interrogé par des journalistes sur les raisons pour lesquelles l’élimination des missiles ne fait pas partie de l’accord, Trump a répondu : « En fait, ils se doivent d’en avoir quelques-uns parce que d’autres en ont. »

« Les missiles ne sont pas le problème, a-t-il dit. Ils endommagent une petite zone, mais ils ne font pas exploser la planète. »

Le protocole exige également la cessation « immédiate et permanente » des opérations militaires sur « tous les fronts », une disposition qui vise principalement les efforts de Tel Aviv pour empêcher le Hezbollah d’utiliser le sud du Liban pour mener des attaques répétées contre le nord d’Israël. Il stipule non seulement qu’Israël doit cesser toute attaque contre le Hezbollah, mais laisse également entendre qu’il doit aussi réduire ses forces déployées dans le sud du Liban. Créé, armé et dirigé par le régime réactionnaire de Téhéran, le Hezbollah était en train de reconstituer ses forces et de lancer des attaques provocatrices contre Israël.

Israël jure de protéger ses frontières

Soulignant les intérêts conflictuels de Washington et Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a juré qu’Israël « ne se retirera pas du [Liban] tant que la sécurité d’Israël y exige sa présence ».

Le vice-président JD Vance s’en est violemment pris au refus d’Israël d’obéir aux dictats de Washington. « Si je faisais partie du gouvernement israélien, je n’attaquerais peut-être pas le seul allié puissant qu’il me reste dans le monde entier », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche. Le président Trump est « le seul chef d’État dans le monde entier qui fait preuve de sympathie envers la nation israélienne en ce moment. »

En réalité, aucune section de la classe dirigeante impérialiste US n’est une alliée du peuple juif ni ne défend le droit d’Israël d’exister comme refuge contre la montée de la haine des Juifs.

En réponse, Nétanyahou a réaffirmé le 23 juin qu’Israël devait « se libérer de sa dépendance » à l’aide militaire de Washington. « Nous devons fabriquer nos propres armements, a-t-il ajouté. Où nous serons dans 30 ans dépend de notre force. »

Malgré les déclarations grandiloquentes que Téhéran et Washington continuent de proférer, y compris la menace de rompre l’accord et d’exercer des représailles mutuelles, le nombre de navires passant par le détroit d’Ormuz augmente depuis le 17 juin.

Depuis des années, les travailleurs, les jeunes et les nationalités opprimées en Iran ont mené une série de manifestations contre le régime de Téhéran. C’est eux qui ont été les plus fortement touchés par la guerre, sous l’impact des bombardements US et de la répression du régime.

Propriétaire d’entreprise de Mashhad, Amir a déclaré au Guardian qu’il avait autrefois espéré une intervention US. Aujourd’hui, « je me sens humilié, a-t-il dit. Ce n’est pas un cessez-le-feu. C’est une vente aux enchères sans fin de nos vies et de notre sang entre les États-Unis et la République islamique. »