Après des décennies d’intervention impérialiste, les dirigeants US retirent leurs troupes d’Irak

Seth Galinsky
le 19 octobre 2026

Plus de 35 ans après que Washington a déclenché sa première offensive contre l’Irak, une guerre qui annonçait les conflits impérialistes de plus en plus vifs d’aujourd’hui et les premières salves de la Troisième Guerre mondiale, le Pentagone en retire ses dernières troupes.

Malgré deux guerres menées sous des présidents républicains et démocrates, le renversement du dictateur irakien Saddam Hussein et la mort de plus de 4 400 soldats US et de centaines de milliers de soldats et civils irakiens, les dirigeants US n’ont jamais pu transformer l’Irak en un protectorat des États-Unis, encore moins utiliser ces guerres comme le point de départ d’un nouvel ordre mondial – ce qu’ils affirmaient être leur objectif.

Par contre, l’impérialisme US a réussi à faire avancer son pillage du pétrole, du gaz et des autres ressources de la région et à repousser ses concurrents. En même temps, l’intervention US a accéléré crises et effondrements économiques et politiques dans la région et le reste du monde.

Washington a utilisé sa supériorité militaire écrasante pour défaire l’invasion prédatrice du Koweït par Saddam Hussein en 1990. Après six semaines ininterrompues de bombardements US et une invasion meurtrière de 100 heures commencée le 24 février 1991, des dizaines de milliers de soldats irakiens démoralisés ont fui le Koweït – sans opposer la moindre résistance – aux côtés de civils et de travailleurs immigrés.

Démontrant le caractère impitoyable de l’impérialisme US, ses forces armées ont bombardé une extrémité de la route reliant la ville de Koweït à Bassorah en Irak, puis l’autre, où elles ont pris au piège et massacré les soldats et les civils qui tentaient de fuir.

Après avoir battu l’armée irakienne avec peu de pertes de leur côté, les dirigeants US ont décidé de ne pas occuper l’Irak et laissé Saddam Hussein au pouvoir pour écraser des rébellions déclenchées par les Kurdes au nord et les chiites au sud. En avril 1991, les dernières troupes américaines se sont retirées.

Washington porte des coups à ses rivaux

Cette offensive « a été la première des guerres menées par Washington depuis la deuxième guerre mondiale où il a cherché à utiliser sa puissance militaire pour porter des coups, indirects mais palpables, aux rivaux de l’impérialisme US, notamment Bonn, Tokyo et Paris », a expliqué Jack Barnes, le secrétaire national du Parti socialiste des travailleurs. Elle a marqué le tournant le plus profond de la politique et de l’organisation militaires de Washington depuis la fin des années 1930.

Londres avec enthousiasme et Paris avec réticence se sont joints à la guerre US, tandis que Berlin et Tokyo sont restés sur la touche.

Washington a une nouvelle fois envahi l’Irak en mars 2003 sous le prétexte que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive. Cette fois-ci, Washington n’a pu rassembler qu’une « coalition des volontaires » plus étroite, mais toujours plus que suffisante pour renverser Saddam Hussein.

Or établir un régime pro-US stable s’est avéré impossible. L’occupation US a déchaîné des forces incontrôlables parmi les factions bourgeoises rivales en Irak, dont la population se compose à quelque 54 % d’Arabes chiites, 14 % d’Arabes sunnites, 18 % de Kurdes et de plusieurs autres nationalités plus petites.

Des milices basées parmi les chiites, souvent soutenues par Téhéran, ont commencé à affronter les forces US. D’anciens membres de la dictature capitaliste de Saddam Hussein, basée parmi les sunnites, se sont alliés à Al-Qaïda pour s’opposer à la fois au nouveau gouvernement à majorité chiite et à l’occupation US.

Au nord de l’Irak, la nationalité kurde opprimée a intensifié la lutte pour ses droits nationaux et obtenu le contrôle d’une région autonome.

En décembre 2005, les conflits entre le gouvernement bourgeois basé parmi les chiites et diverses factions chiites et sunnites se sont brusquement intensifiés.

En janvier 2007, dans une tentative de stabiliser le pays, le président George W. Bush a envoyé 30 000 soldats de plus. En septembre 2008, les forces US avaient repoussé Al-Qaïda et ont transféré le contrôle de ses principaux bastions au gouvernement irakien. En décembre 2011, les derniers soldats US sont partis.

Mais en 2013, une nouvelle insurrection basée parmi les sunnites a éclaté, dirigée par l’État islamique et soutenue par d’anciens membres du régime de Saddam Hussein.

L’État islamique a imposé un régime de terreur sur la population des territoires qu’il contrôlait, soit environ 40 % du pays en 2014. Plus tard la même année, le président Barack Obama a ordonné le déploiement de troupes US.

Pendant plusieurs années, une coalition hétéroclite de forces gouvernementales irakiennes, de groupes kurdes, de forces spéciales US et de groupes soutenus par Téhéran – tous bénéficiant de l’appui aérien des États-Unis – a livré des combats acharnés contre l’État islamique. Téhéran a profité de ces combats pour augmenter considérablement la taille des milices qu’il soutenait et son influence en Irak.

En 2018, l’État islamique avait été vaincu. Si Washington a réduit son empreinte militaire en Irak, pendant des années il y a maintenu quelque 2 500 soldats, principalement sur une base près d’Erbil dans la région kurde.

Le président Donald Trump affirme que les troupes US ne sont plus nécessaires et que Washington entretient de bonnes relations avec le premier ministre irakien Ali al-Zaïdi malgré le fait que Téhéran utilise ses proxys en Irak pour lancer des frappes de drones et de missiles contre Israël et les pays arabes de la région.

Al-Zaïdi, qui a cherché à trouver un équilibre entre les pressions de Téhéran et celles de Washington, a appelé les milices soutenues par l’Iran – qui ont des dizaines de sièges au parlement irakien – à remettre leurs armes au gouvernement. Personne ne le croit probable.

« Anxiété et incertitude »

Le Gouvernement régional du Kurdistan considérait les troupes US comme une protection contre les menaces du gouvernement irakien et de Téhéran, qui s’opposent tous deux aux droits nationaux kurdes. L’absence des troupes US « crée un sentiment d’anxiété et d’incertitude », a déclaré Kifah Mahmoud, conseiller du dirigeant kurde Massoud Barzani.

Empêtré dans un conflit avec les dirigeants capitalistes iraniens, l’impérialisme US reste la force militaire la plus puissante de la région. Début octobre, le Pentagone a envoyé un troisième porte-avions et des milliers de soldats supplémentaires au Moyen-Orient, où il maintient son blocus des ports iraniens.

Le régime irakien a réussi dans une certaine mesure à stabiliser le pays. Selon le New York Times, « les murs anti-explosion qui autrefois serpentaient Bagdad ont été retirés. Les centres commerciaux, les restaurants et les chantiers de construction » bourdonnent à nouveau d’activité.

De nombreux articles parus dans la presse bourgeoise aux États-Unis expriment la crainte qu’avec le départ des soldats US, le pouvoir de Téhéran sur l’Irak ne se renforce.

Mais aucun de ces commentateurs ne mentionne la plus importante conséquence non voulue de ces guerres : l’espace qui s’est ouvert à la classe ouvrière, aux paysans, aux femmes et aux nationalités opprimées pour s’organiser et lutter dans leurs propres intérêts. En 2019, des manifestations de masse pour l’emploi et les droits politiques ont fait tomber le gouvernement du premier ministre Adel Abdel-Mahdi. D’autres luttes sont à venir.