Les agents de bord d’Air Canada défient le gouvernement et obtiennent un nouveau contrat

Steve Penner
le 1 septembre 2025
Le 16 août, 10 000 agents de bord du Syndicat canadien de la fonction publique ont entamé une grève chez Air Canada, défiant pendant trois jours un ordre du gouvernement de reprendre le travail. Ci-dessus, piquet de grève à Toronto.
MILITANT/TONY DIFELICELe 16 août, 10 000 agents de bord du Syndicat canadien de la fonction publique ont entamé une grève chez Air Canada, défiant pendant trois jours un ordre du gouvernement de reprendre le travail. Ci-dessus, piquet de grève à Toronto.

MONTRÉAL — Après avoir fait grève pendant trois jours en bravant un ordre du gouvernement fédéral de reprendre le travail, 10 000 agents de bord d’Air Canada ont commencé à retourner au travail le 19 août lorsque leur syndicat, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a annoncé la conclusion d’un accord. Les travailleurs avaient paralysé la plus grande compagnie aérienne du pays dans leur première grève en 40 ans.

Des piquets de grève avaient été mis en place le 16 août, peu avant 1 heure du matin. À 14 heures, le gouvernement fédéral a invoqué l’article 107 du Code du travail du Canada pour ordonner aux agents de bord de reprendre le travail et pour imposer un arbitrage obligatoire.

Mais encouragés par un large soutien syndical, les agents de bord ont refusé d’obtempérer et ont maintenu des lignes de piquetage dynamiques dans tout le pays.

« Nous ne tournerons pas le dos à ces travailleurs », a dit à la presse Mark Hancock, le président national du SCFP. « Et si ça veut dire que des gens comme moi iront en prison, alors il faudra faire avec. Si ça veut dire que notre syndicat sera condamné à payer une amende, alors il faudra faire avec. »

C’est la quatrième fois en un an que le gouvernement fédéral utilisait des lois antisyndicales pour interdire une grève, après avoir déjà obligé des dizaines de milliers de postiers, de débardeurs et de cheminots en grève à reprendre le travail sans contrat.

Mais après une réunion d’urgence avec des dirigeants syndicaux, le Congrès du travail du Canada a déclaré le 17 août : « Les dirigeants des syndicats du Canada […] sont unis derrière les agents de bord d’Air Canada qui défient l’attaque anticonstitutionnelle du gouvernement contre les droits des travailleurs. Une attaque contre un est une attaque contre tous. »

« Si le gouvernement engage des poursuites judiciaires contre ces travailleurs, le mouvement syndical réagira rapidement et fera preuve d’une solidarité sans faille. »

Les agents de bord réclament des augmentations de salaire et le paiement de toutes les heures travaillées. Jusqu’à présent, ils font de nombreuses heures non rémunérées avant et après les vols.

« Si je ne pointe pas une heure et 20 minutes avant le vol, j’ai des ennuis », a expliqué au Militant une agente de bord qui a souhaité rester anonyme, lors d’un rassemblement du SCFP à Montréal le 17 août. « Je dois passer la douane, me rendre à la porte d’embarquement, faire un briefing avec le reste de l’équipage, vérifier combien de bébés seront à bord, vérifier les issues de secours et l’équipement, et servir du champagne en classe affaires. »

Rien de tout cela n’est payé. « Et je ne suis payé que 15 minutes après la fin du vol, même si j’ai 460 passagers à faire descendre. Cela prend bien plus que 15 minutes. Il m’est arrivé de rester assise pendant une heure à attendre tous les fauteuils roulants. »

Les détails du contrat qui sera soumis au vote des agents de bord ne sont pas encore connus. Dans un communiqué du 19 août qui annonçait l’accord, le SCFP a déclaré : « Le travail non rémunéré, c’est fini ».

Des centaines d’agents de bord ont participé le 17 août à des rassemblements organisés par le SCFP à Montréal, Toronto, Calgary en Alberta et Vancouver en Colombie-Britannique. Soulignant le large soutien syndical, d’autres travailleurs du transport aérien et un éventail de dirigeants syndicaux se sont joints à eux.

« Il s’agit d’une menace contre le droit de grève de tous les travailleurs », a dit François Laporte, président de Teamsters Canada, au rassemblement de Montréal. Des milliers de cheminots en grève membres des Teamsters ont reçu l’ordre de reprendre le travail l’année dernière.

« Une source d’inspiration pour tous les travailleurs »

Les Teamsters se sont joints aux lignes de piquetage à travers le pays. À Vancouver, Dustin Saunders, président de la division des mécaniciens de locomotive de la Conférence ferroviaire 945 de Teamsters Canada, a déclaré au Militant:  « Le courage des agents de bord du SCFP de braver l’ordre du gouvernement de reprendre le travail est une source d’inspiration pour tous les travailleurs. »

À Montréal, Mike Foucault, chef de train et membre des Teamsters, a déclaré : « Il y a un sentiment d’urgence avec l’ingérence répétée du gouvernement qui attaque nos droits. Les cheminots et les agents de bord, on n’a pas les mêmes conditions de travail. Mais nous avons tous de grandes responsabilités pour la sécurité. »

Les postiers, qui ont reçu l’ordre de reprendre le travail en décembre dernier, suivent la lutte de près. Marc-Édouard Joubert, président du Conseil régional de Montréal de la Fédération des travailleurs du Québec et postier, a pris la parole lors du rassemblement ici. « Le mouvement syndical ne restera pas silencieux devant ces attaques répétées », a-t-il déclaré.

Le Congrès du travail du Canada a salué la victoire : « Tout employeur qui envisage de s’appuyer sur l’article 107 à l’avenir devrait y réfléchir à deux fois ».

Katy LeRougetel, candidate de la Ligue communiste à la mairie de Montréal, a participé au rassemblement du SCFP du 17 août.

« Les agents de bord ont dirigé une dure confrontation entre le mouvement syndical et le gouvernement fédéral », a-t-elle expliqué au Militant. « Pourquoi la classe dirigeante multiplie-t-elle les attaques contre le droit de grève ? Parce qu’à mesure que la crise économique mondiale du système capitaliste s’aggrave, elle cherche à entraver la capacité des travailleurs de riposter. »