Les manifestations contre le gouvernement et la crise économique se multiplient à travers l’Iran

Seth Galinsky
le 12 janvier 2026
Des commerçants et sympathisants défilent à Téhéran le 29 décembre, deuxième jour de manifestations contre l’impact de la crise capitaliste, l’inflation et la dépréciation de la monnaie. Certains manifestants scandaient « Mort au dictateur » et « Ni Gaza, ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran », signe d’une opposition croissante aux initiatives militaires du régime dans la région et aux attaques contre Israël.
UNION LIBRE DES TRAVAILLEURS IRANIENSDes commerçants et sympathisants défilent à Téhéran le 29 décembre, deuxième jour de manifestations contre l’impact de la crise capitaliste, l’inflation et la dépréciation de la monnaie. Certains manifestants scandaient « Mort au dictateur » et « Ni Gaza, ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran », signe d’une opposition croissante aux initiatives militaires du régime dans la région et aux attaques contre Israël.

Frappés par la chute vertigineuse de la valeur de la monnaie nationale, des dizaines de milliers de petits commerçants ont fermé leurs boutiques et sont descendus dans la rue dans une série de manifestations commencées le 28 décembre dans plusieurs bazars de Téhéran. Ils ont été rejoints par d’autres travailleurs. Au cinquième jour, les manifestations s’étaient étendues à au moins 21 villes ainsi qu’à une douzaine de campus universitaires.

Ces manifestations se produisent dans un contexte d’opposition de longue date qui grandit parmi les travailleurs, les agriculteurs et des couches des classes moyennes au régime capitaliste réactionnaire au pouvoir en Iran et aux conséquences de ses guerres meurtrières, y compris ses attaques contre Israël.

Au cours de la dernière année, il y a eu des manifestations hebdomadaires de retraités pour exiger des pensions suffisantes, de travailleurs du secteur pétrolier pour exiger la fin de l’utilisation abusive des sous-traitants, et de nombreuses autres actions. Des syndicats ont lancé des appels pour mettre fin à l’expulsion des immigrants afghans. Des prisonniers mènent des grèves de la faim hebdomadaires contre la peine de mort. De petits agriculteurs ont protesté contre les politiques gouvernementales qui les endettent encore plus.

« Le bazar, les commerçants, les producteurs et les chauffeurs sont tous victimes de mauvaises décisions, d’augmentations non réglementées des coûts, de péages élevés, de prix élevés du carburant, de commissions injustes et d’autres pressions » a dit l’Association nationale des syndicats de camionneurs et de chauffeurs dans une déclaration de solidarité. « L’unité du bazar et des chauffeurs est la seule façon de sortir de cette situation. Nous déclarons notre soutien total au bazar et au peuple. »

Une grève de 11 jours des camionneurs à la fin du mois de mai s’est étendue à chacune des 31 provinces iraniennes. « Nous sommes la voix d’une nation épuisée qui réclame justice », a dit leur association.

L’inflation et la dépréciation du rial, qui a perdu environ 40 % de sa valeur depuis la guerre de 12 jours entre Téhéran et Israël en juin, ont déclenché les nouvelles manifestations.

« En fermant nos magasins, nous gagnons plus qu’en vendant, » a dit un commerçant au service d’informations en ligne IranWire, « parce que demain, nous ne pourrons rien acheter aux prix d’aujourd’hui. »

« Nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à vendre pour pouvoir payer le loyer », a dit un autre commerçant qui protestait à l’Agence de presse syndicale iranienne, qui est financée par le gouvernement. « Mais le problème est qu’après la vente, à cause de la fluctuation constante des prix, nous ne sommes plus capables d’acheter et remplacer les marchandises vendues. »

Sanctions américaines et manœuvres guerrières de Téhéran

La crise économique capitaliste en Iran a été accélérée par le renforcement des sanctions économiques et financières US contre Téhéran et par l’impact de l’augmentation des dépenses militaires du régime. Après les coups que lui a portés Israël lors de la guerre de 12 jours l’été dernier, le gouvernement iranien cherche à reconstruire son arsenal et celui de ses forces alliées, comme le Hezbollah au Liban, et à faire avancer son objectif de détruire Israël et d’éliminer les Juifs.

Deux semaines seulement avant le début des manifestations, le gouvernement a fortement augmenté le prix de l’essence pour beaucoup de gens. Les automobilistes peuvent toujours acheter leur quota d’essence à un prix subventionné d’environ 0,04 $ US le litre. Les 100 premiers litres au-delà de ce quota coûtent le double. Tout achat supplémentaire coûtera désormais près du double de ce dernier prix.

En Iran, de nombreux travailleurs gagnent 150 $ par mois ou moins, alors que le coût des produits de première nécessité s’élève à 430 $.

Alors que les protestations s’élargissaient, des manifestants ont aussi scandé « Mort au dictateur » ; « N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble » ; et « Ni Gaza ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran » — un reflet de l’opposition croissante à l’utilisation de sa puissance militaire par le régime pour étendre son influence contre-révolutionnaire dans la région.

« Le bien-être de la population est ma préoccupation quotidienne », a dit le 30 décembre le président Massoud Pezechkian dans une déclaration, signe des craintes du régime que les manifestations ne déclenchent des actions plus larges. Il a demandé au ministre de l’Intérieur de rencontrer les représentants des commerçants afin de discuter de leurs « revendications légitimes ».

La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a déclaré lors d’une conférence de presse le même jour : « Nous soutenons le droit de réunion pacifique, qui est reconnu par la Constitution. »

Affrontements avec la police et les hommes de main du régime

Mais en réalité, la police, les unités spéciales du Corps des gardiens de la révolution islamique et les brutes paramilitaires du Basij ont attaqué de nombreux manifestants avec des canons à eau, des matraques, des gaz lacrymogènes et des balles réelles. Parfois les manifestants ont riposté et plus d’une fois ont contraint les forces de sécurité à battre en retraite.

Une indication de la haine croissante à l’égard du régime a été la décision de certains policiers de ne pas affronter les manifestants. Un responsable du Corps des gardiens de la révolution islamique a lancé un appel sur la chaîne de télévision iranienne TV1 aux « officiers et membres du personnel qui ont manqué à leur devoir de faire face au désordre et qui se sont absentés ou ont pris la fuite. »

Il a mis en garde : « abandonner son poste ou se cacher pendant les troubles équivaut à une désertion en temps de guerre. »

Un produit de la contre-révolution

Le régime de Téhéran prétend être la continuité de la révolution iranienne de 1979, un soulèvement populaire profond et moderne qui a renversé la dictature sanglante et détestée du shah d’Iran que soutenaient les États-Unis.

En fait, le régime à la tête de la République islamique est le résultat d’une contre-révolution, consolidée en 1983, qui a repoussé les travailleurs, les agriculteurs, les femmes et les nationalités opprimées qui ont fait la révolution iranienne.

Au cours de la dernière décennie, les travailleurs ont accru leur résistance au régime. En décembre 2017 et en 2018, des manifestations ouvrières ont éclaté dans quelque 90 villes à travers le pays. Elles étaient alimentées par l’opposition des travailleurs à ce qu’on les utilise comme chair à canon dans les aventures militaires du régime au Liban, en Syrie et ailleurs dans le but de détruire Israël, et par leur opposition aux indignités de l’exploitation capitaliste.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la mort à Téhéran de Zhina Amini, une jeune Kurde, après son arrestation en septembre 2022 par la police « des mœurs » pour avoir enfreint le code vestimentaire réactionnaire du régime. Les hommes de main du régime ont tué des centaines de manifestants. Depuis 2023, les Baloutches et d’autres nationalités opprimées participent à des actions contre la répression gouvernementale.

Aujourd’hui, de plus en plus de femmes paraissent en public sans le hijab obligatoire. Le régime a largement renoncé à faire respecter cette obligation par crainte de provoquer des actions plus importantes dans le contexte de sa crise profonde.

En même temps, il a accru son recours à la peine de mort. Quelque 1 500 exécutions ont eu lieu en Iran dans les 11 premiers mois de 2025, contre 972 en 2024.

Mais l’utilisation de sa main de fer par le régime n’a pas réussi à faire cesser la résistance. De nouvelles manifestations et grèves ont lieu presque tous les jours. Rien que la semaine dernière, des grèves ont eu lieu à la mine d’or de Zarshouran dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, à la Compagnie agro-industrielle de sucre du Moyen-Orient dans le Khouzistan et sur les lignes ferroviaires du Lorestan, du Zagros et d’Andimeshk.