Bravant la répression, de nouvelles manifestations font reculer le régime iranien

Seth Galinsky
le 2 mars 2026
Rassemblement le 18 février à Nadjafabad, dans la province d’Ispahan, pour commémorer les victimes du massacre perpétré par le régime iranien. Les manifestants ont scandé : « Les canons, les chars, les mitrailleuses n’ont plus d’effet ».
Rassemblement le 18 février à Nadjafabad, dans la province d’Ispahan, pour commémorer les victimes du massacre perpétré par le régime iranien. Les manifestants ont scandé : « Les canons, les chars, les mitrailleuses n’ont plus d’effet ».

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à travers l’Iran les 17 et 18 février pour les commémorations marquant les 40 jours depuis le massacre de plus de 7 000 protestataires aux mains du régime clérical bourgeois. « Cette fleur qui a été fauchée est devenue un cadeau à la patrie » et « Si une personne est tuée, mille autres prendront sa place » faisaient partie des slogans scandés lors des manifestations.

Des milliers d’élèves du secondaire ont répondu à l’appel du Conseil de coordination des Syndicats des enseignants iraniens et de douzaines de groupes d’étudiants universitaires, qui ont appelé enseignants et étudiants à faire grève et à boycotter les cours le 18 février et à se joindre aux commémorations des 40 jours.

Des milliers de personnes ont afflué au cimetière Behesht-e Zahra de Téhéran le 17 février malgré une forte présence policière. Beaucoup scandaient « Nous jurons par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’à la fin » et « Mort au tyran ! »

Le même jour, des milliers de personnes se sont rassemblées à Nadjafabad, dans la province d’Ispahan, pour rendre hommage aux personnes tuées par le régime. Ils ont manifesté et protesté jusque dans la nuit.

À Abdanan, dans la province d’Ilam, une ville à majorité Kurde et le théâtre de certaines des pires violences commises par le régime, des milliers de personnes sont descendues dans les rues et ont lâché des ballons dans les airs en hommage à ceux qui ont été tués. Les forces du régime ont confronté les manifestants et bloqué les entrées du cimetière avec des véhicules militaires.

Des vidéos montrent des manifestations de milliers de personnes, y compris dans de petites villes comme Hashtgerd dans la province d’Alborz et Bandar Ganaveh dans celle de Bouchehr.

Le régime dissimule le nombre de morts

Le régime iranien a publié une liste de quelque 3 100 personnes tuées au cours des 11 jours de protestations. Les groupes de défense des droits humains affirment disposer de listes de plus de 7 000 personnes et enquêtent sur des milliers d’autres. Le régime continue de calomnier les manifestants en les traitant de « terroristes » et d’« émeutiers » qui travaillent pour Israël.

Les manifestations ont commencé le 28 décembre lorsque des marchands et des commerçants capitalistes du Grand Bazar de Téhéran sont descendus dans la rue pour protester contre la dépréciation de la monnaie iranienne et la hausse des prix qui les poussaient vers la faillite. Comme lors des précédentes vagues de protestation depuis la fin de 2017, des travailleurs et des étudiants à travers le pays se sont joints aux actions pour s’opposer au piétinement des droits démocratiques par le régime et à son soutien à des forces comme le Hamas et le Hezbollah pour mener ses guerres dans le but de détruire Israël et éliminer les Juifs qui y vivent.

La très grande majorité des morts ont eu lieu les 8 et 9 janvier, lorsque le régime a ordonné au Corps des gardiens de la révolution islamique, à la milice paramilitaire Bassidj et à la police — avec l’aide de tueurs du Hezbollah venus du Liban et de milices irakiennes organisées par Téhéran — d’écraser les manifestations.

Quelque 50 000 personnes ont été arrêtées pendant et après les actions, dont des travailleurs, des militants syndicaux, des étudiants universitaires et au moins 82 enfants, ainsi que 19 avocats et plus de 100 médecins et infirmières.

Le régime a également accru son recours à la peine de mort. « Des dizaines de milliers de personnes parmi les gens arrêtes lors des récentes manifestations sont actuellement soumises à la coercion et à la torture, et les autorités planifient de prononcer des condamnations à mort et de longues peines de prison à leur encontre, » a déclaré le 17 février la campagne « Non aux exécutions le mardi » menée par des prisonniers. Selon le groupe, plus de 300 prisonniers ont été pendus depuis la fin janvier.

« Beaucoup de ceux qui jusqu’à hier étaient favorables à la peine de mort pour une quelconque raison vont revoir leur position aujourd’hui, » a déclaré le Conseil iranien des retraités, « compte tenu du nombre important de mineurs détenus et du risque sérieux qu’ils soient condamnés à mort. »

Le régime ne peut arrêter les actions de protestation

Au lieu d’étouffer les manifestations, la répression meurtrière renforce l’opposition au régime et met en évidence sa faiblesse grandissante.

Asiyeh Touhidnezhad, journaliste pour le journal iranien Ensaf, s’est récemment rendue au cimetière Behesht-e Zahra. Elle a constaté que les noms inscrits sur de nombreuses tombes récemment creusées ne figurent pas sur la liste du gouvernement.

Devant une tombe, une femme lui dit : « Puissions-nous venger le sang de nos jeunes. »

Une autre femme lui a dit : « Pendant la guerre [contre Israël], alors que tout le monde souffrait, les principaux propriétaires de notre entreprise sont simplement devenus plus riches. C’est nous qui sommes devenus plus pauvres. »

Dans un défi sans précédent à la censure médiatique du régime, le site d’information populaire Bartarinha a publié l’affiche annonçant la cérémonie des 40 jours à l’Université des sciences médicales de Téhéran pour Aida Heidari, une étudiante en médecine tuée pendant les manifestations.

L’un des plus grands soucis du régime est la participation des travailleurs de production du pétrole et du gaz, l’industrie clé de l’Iran.

Quelque 200 travailleurs du secteur pétrolier ont été arrêtés à Assalouyeh dans le sud de l’Iran, après avoir fait grève en même temps que la récente vague de protestations pour réclamer le versement de salaires impayés et de meilleures conditions de travail. Selon le Conseil pour l’organisation des manifestations des travailleurs pétroliers contractuels, les travailleurs détenus sont toujours retenus dans un entrepôt appartenant à la Construction de Khatam al-Anbiya, une société appartenant au Corps des gardiens de la révolution islamique.

Le 16 février, le Conseil a appelé à la libération immédiate des travailleurs « et de toutes les personnes arrêtées lors des événements révolutionnaires de janvier. »

Pendant ce temps, l’administration de Donald Trump envoie un deuxième groupe naval aéroporté mené par l’USS Gerald R. Ford, le plus grand navire de guerre au monde, pour rejoindre l’USS Abraham Lincoln dans les eaux proches de l’Iran. En pleine négociation avec le ministre iranien des affaires étrangères, Washington a envoyé 50 avions de combat supplémentaires vers des bases dans la région.

Le vice-président J. D. Vance a dit que l’Iran n’avait pas tenu compte « des exigences fondamentales des États-Unis, » mais que Washington a accepté de donner à Téhéran encore deux semaines pour présenter une nouvelle proposition. La menace d’une attaque militaire US est implicite. L’administration Trump a abandonné la prétention qu’elle se préoccupait des victimes de la répression de Téhéran.

L’intervention de Washington, tout comme son bombardement de l’Iran l’année dernière, vise à renforcer sa position de puissance impérialiste dominante dans la région et à renforcer la course aux marchés, ressources et main-d’œuvre à exploiter des capitalistes US.