Un pétrolier battant pavillon russe et transportant 730 000 barils de brut est arrivé à Cuba le 31 mars. Après avoir imposé un blocus pétrolier total à Cuba pendant près de trois mois, le président Donald Trump a déclaré que son administration n’avait « aucun problème » avec la livraison du brut russe.
Les médias capitalistes n’ont toutefois pas mentionné que le blocus de Washington constituait une violation flagrante de la souveraineté nationale de Cuba, dont son droit d’acheter ou de recevoir du pétrole. Washington a menacé d’imposer des droits de douane punitifs à tout pays qui oserait vendre ou donner du pétrole à Cuba. Le gouvernement mexicain, par exemple, avait été l’une des principales sources d’approvisionnement en pétrole de Cuba après le Venezuela, mais il a fait marche arrière devant la menace US.
Si l’administration Trump a autorisé la livraison en provenance de Moscou, elle a aussi dit qu’il n’y a pas de changement dans le blocus, imposé avec le soutien des Partis républicain et démocrate. Les livraisons de pétrole « humanitaires » vers l’île, a-t-elle précisé, seront décidées au cas par cas.
L’utilisation du terme « humanitaire » sert de couverture à de nouvelles ingérences US dans les affaires intérieures de Cuba et masque la cause principale de la pénurie de carburant et de produits de première nécessité à Cuba : l’attaque brutale des dirigeants US contre son économie. Depuis plus de 60 ans, Washington mène cette guerre économique contre le peuple cubain dans le but de faire tomber la révolution socialiste cubaine.
Les autorités cubaines mettent les bouchées doubles pour raffiner le pétrole brut, mais celui-ci ne sera pas prêt à être distribué avant la deuxième quinzaine d’avril. Il sera utilisé pour « les centrales électriques et pour produire du gaz de pétrole liquéfié pour la cuisson dans des établissements critiques qui accueillent des patients comme les hôpitaux » et « en partie pour de l’essence, afin d’alléger temporairement la pénurie à laquelle nous faisons face, » a déclaré Irenaldo Pérez, directeur adjoint de l’Union pétrolière de Cuba.
Le blocus pétrolier imposé par Washington a paralysé les services publics du pays, aggravé les pannes de courant répétées et exacerbé les pénuries alimentaires.
« La santé est l’un des secteurs les plus touchés » par l’offensive US, a dit Julio Guerra, vice-ministre cubain de la Santé, lors de la populaire émission télé Mesa Redonda (Table ronde) du 27 mars. Il a décrit l’impact de la guerre financière et commerciale implacable menée par Washington contre Cuba. Les directeurs des principales institutions médicales cubaines y ont aussi parlé de l’impact désastreux des mesures punitives des dirigeants US.
Les dommages sont « concrets et objectifs », a dit Guerra. À cause des sanctions US, le système médical cubain a vu fortement restreint son accès à des médicaments et produits critiques fabriqués uniquement par des entreprises US, ce qui comprend des traitements contre la leucémie pédiatrique, des appareils spécialisés de radiographie pour le dépistage du cancer du sein, et des respirateurs et stimulateurs cardiaques. Cuba doit payer environ 30 % plus cher les produits médicaux qui ne viennent pas des États-Unis, avec des frais de transport de 50 % à 400 % plus élevés que s’ils étaient achetés en Floride, à 150 km de là.
Les pertes financières infligées par l’embargo US en seulement 25 jours, a-t-il ajouté, sont équivalentes au coût d’une année complète de production des produits pharmaceutiques de base à Cuba. En moins d’une journée, les pertes dues aux sanctions sont équivalentes au coût d’achat d’une année d’insuline pour traiter tous les patients qui en ont besoin dans le pays.
« Faire fonctionner le système de santé publique cubain était déjà un défi, car nous avons toujours été confrontés à des difficultés d’accès aux médicaments, aux équipements et aux pièces de rechange, » a déclaré Eugenio Selman, directeur de l’hôpital de cardiologie pédiatrique William Soler, lors de l’émission Mesa Redonda. « Tout ça s’est aggravé depuis janvier, » lorsque le blocus pétrolier est entré en vigueur.
Cuba tient debout
Le blocus ayant paralysé les transports publics, les autorités sanitaires ont pris des dispositions pour que les patients atteints de maladies chroniques, sous dialyse et les femmes sur le point d’accoucher soient hébergés dans des centres médicaux.
« Nous travaillons très fort pour ne pas annuler des consultations ou fermer des services hospitaliers, et pour garder les lits ouverts, », a dit Guerra.
« Imaginez un hôpital non seulement sans électricité, a dit Selman, mais sans eau », dont l’approvisionnement dépend du réseau électrique. Puis les États-Unis affirment hypocritement que Cuba est « un État raté » et que c’est sa propre faute.
Les dirigeants US présentent la crise à Cuba comme une conséquence directe de sa révolution socialiste et de son économie planifiée. Ils n’expliquent jamais que le système de santé cubain – qui accompagne les citoyens de la naissance à la mort et affiche le taux de médecins par habitant le plus élevé au monde, ainsi qu’une espérance de vie et un taux de mortalité infantile comparables aux États-Unis – est un acquis de cette révolution. Ni qu’à Cuba, les soins de santé sont un droit, pas une marchandise.
Pour faire face aux effets du blocus pétrolier, le gouvernement cubain intensifie ses efforts pour installer des panneaux solaires dans les hôpitaux et les cliniques, mais c’est encore loin de couvrir les besoins actuels. Lorsque les coupures de courant surviennent, les hôpitaux ont des générateurs de secours qui peuvent parfois mettre quelques cruciales minutes à se mettre en marche. Les médecins et les infirmières doivent se précipiter vers des respirateurs à main pour faire respirer les bébés jusqu’à ce que les générateurs prennent la relève. Les pannes se produisent parfois en plein milieu d’une opération. Les appareils de surveillance des signes vitaux s’arrêtent alors de fonctionner pendant que les patients sont sous anesthésie.
La détermination et l’engagement de « l’Armée des blouses blanches », comme on appelle les professionnels de santé à Cuba, sont une source d’inspiration. « Nous continuons à exercer la médecine, » a dit au Militant un chirurgien de l’hôpital Calixto García, « même lorsque nous devons opérer à la lumière de nos téléphones portables, que nous rechargeons péniblement chez nous pendant les rares heures où nous avons de l’électricité au milieu de la nuit. »
« La nouvelle, ce n’est pas l’arrivée d’un navire transportant du pétrole à Cuba, » a écrit le 6 avril Miguel Cruz, journaliste au quotidien cubain Granma. « La nouvelle, c’est que malgré les lois extraterritoriales, les menaces et la persécution par la superpuissance, Cuba se tient toujours debout et exerce son droit d’exister. »
Claudia Kaiser-Lenoir à Boston a contribué à cet article.