MONTRÉAL — Les riches au pouvoir au Canada et leur gouvernement à Ottawa demandent aux travailleurs et à nos syndicats de les soutenir et de collaborer avec eux dans leur guerre commerciale contre Washington. Mais ce cours de collaboration de classe est une menace mortelle pour le mouvement syndical et doit être rejeté.
Le 21 avril, le Premier ministre libéral Mark Carney a nommé certains des plus importants patrons, politiciens capitalistes et dirigeants syndicaux du Canada à un nouveau « comité consultatif ». Ce dernier a été établi pour soutenir le gouvernement dans son conflit commercial de plus en plus tendu avec les dirigeants US dans le cadre des négociations sur des ajustements à l’accord Canada-États-Unis-Mexique.
Le comité comprend les PDG du Canadien national, de la Banque de Montréal et du géant sidérurgique ArcelorMittal Dofasco ; des politiciens capitalistes de premier plan des partis libéral et conservateur comme Erin O’Toole, ancien chef du Parti conservateur, et Jean Charest, ancien premier ministre libéral du Québec ; ainsi que Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec, et Lana Payne, présidente du syndicat Unifor.
Mark Carney s’est réjoui de la formation du bloc, affirmant que « le Canada est le plus fort lorsque les gouvernements, les travailleurs, les entreprises et les dirigeants de l’industrie tirent tous dans le même sens » au sein d’« Équipe Canada ».
Lana Payne a exprimé son accord, déclarant que le Canada a besoin que « les travailleurs, les employeurs et le gouvernement soient à la même table » pour « maintenir et développer la base industrielle de notre pays. »
L’idée que ce cours est bon pour les travailleurs et renforce nos syndicats est une illusion mortelle. Comme tous les pays capitalistes, le Canada est une société divisée en classes. Les patrons ne peuvent prospérer qu’en exploitant notre travail.
Les travailleurs, dont la force de travail crée les profits des familles milliardaires qui contrôlent le Canada et son économie, n’ont pas d’intérêts communs avec les patrons et leurs gouvernements. Les riches aux pouvoir agissent toujours pour résoudre à nos dépens la crise de leur système de profit. Ce sont leurs industries, pas « les nôtres ».
Au cours des deux dernières années, Ottawa a émis des ordonnances de retour au travail contre toutes les grèves majeures qui ont éclaté sous juridiction fédérale, dont celles des cheminots, des travailleurs portuaires et postaux, et des agents de bord d’Air Canada.
Les gouvernements provinciaux se sont joints à cette attaque contre notre droit de grève et nos autres libertés démocratiques, des droits dont nous avons besoin pour défendre notre classe face aux efforts des patrons pour défendre leurs profits en minant les salaires et conditions de travail des travailleurs.
Classe contre classe
Les cadres du Canadien national et leurs investisseurs ont mené l’offensive des patrons du rail contre des conditions travail sécuritaires dans les chemins de fer, des horaires de travail vivables qui permettent aux travailleurs d’avoir une vie de famille, et contre des salaires qui suivent la hausse des prix. Plus de 20 cheminots sont morts au travail depuis 2013 parce que les patrons du rail font passer leurs profits avant la sécurité des travailleurs.
Tous les chefs d’entreprise qui siègent au nouveau comité d’Ottawa sur le commerce agissent exactement de la même manière : ils défendent leurs profits contre les demandes des travailleurs pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
En même temps que les patrons et leur gouvernement mènent une guerre contre les travailleurs et les agriculteurs ici, la classe dirigeante se prépare à entrer en guerre contre les travailleurs à l’étranger. Ottawa prévoit quadrupler ses dépenses militaires au cours de la prochaine décennie à 150 milliards de dollars canadiens [93 milliards d’euros] par an. Les pays capitalistes rivaux font de même, alors qu’ils nous entraînent tous vers une nouvelle guerre mondiale.
Aujourd’hui, comme dans les périodes avant la Première et la Deuxième Guerres mondiales, les guerres commerciales annoncent des conflits armés. Les attaques incessantes des capitalistes contre les travailleurs au pays découlent de la même course aux profits impitoyable qui les poussent à faire la guerre à l’étranger.
Solidarité ouvrière
L’idée selon laquelle les travailleurs et nos syndicats devraient soutenir les dirigeants capitalistes du Canada dans leurs guerres commerciales ou leurs conflits armés est un piège mortel.
Elle oppose les travailleurs au Canada à nos frères et sœurs de classe aux États-Unis, potentiellement nos alliés les plus importants, ainsi qu’aux exploités et opprimés du monde entier qui luttent contre les attaques croissantes des dirigeants capitalistes.
Le mois dernier, Richelle Stewart, secrétaire-trésorière de la section locale 401 des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce en Alberta, a fait une déclaration forte et instructive en soutien aux 3 800 travailleurs en grève de l’usine de transformation de la viande JBS à Greeley dans le Colorado. Elle a expliqué que les travailleurs aux États-Unis et au Canada font face à des conditions de travail et à des défis communs.
De « Brooks [en Alberta] à Greeley, nous partageons le même engagement envers la sécurité au travail, des salaires équitables et la protection des droits de chaque syndiqué. La solidarité est notre outil le plus puissant, » a dit sa déclaration. Le président du syndicat, Thomas Hesse, a ajouté : « Lorsque les travailleurs s’unissent par-delà des frontières, ensemble nous sommes plus forts. »
Le fait de se joindre aux patrons et à leurs gouvernements dans les conflits avec leurs rivaux capitalistes porte un rude coup à cette solidarité ouvrière, ainsi qu’à la nécessité pour les syndicats des deux côtés de la frontière de s’unir pour combattre les attaques des dirigeants et tracer un cours indépendant de leurs gouvernements et partis politiques.
Au lieu de se rallier à l’« Équipe Canada » de Mark Carney dans sa guerre commerciale, les syndicats devraient mobiliser les travailleurs pour défendre notre droit de grève, lutter pour l’unité de la classe ouvrière en s’opposant à l’expulsion de milliers de travailleurs immigrés chaque année par Ottawa, et exprimer leur solidarité aux travailleurs à travers le Canada et dans le monde entier qui se battent pour leurs droits.
Ce cours pointe la voie en avant pour nous : celle de rompre avec la fraude patronale du moindre mal dans la politique capitaliste et de construire un parti ouvrier de masse qui dirigera la lutte pour défendre nos intérêts de classe, arracher le pouvoir politique des mains des dirigeants capitalistes et le remplacer par un gouvernement des travailleurs qui se joindra à la lutte mondiale pour le socialisme.
