La guerre de « hachoir à viande » de Moscou a fait plus d’un million de victimes russes

Roy Landersen
le 21 juillet 2025
L'une des onze prisonniers politiques russes qui ont rédigé la lettre ouverte du 3 juillet, Darya Kozyreva prend la parole le 18 avril devant le tribunal de Saint-Pétersbourg avant son incarcération. La lettre demande la libération de 10 000 prisonniers politiques russes et d’otages civils ukrainiens détenus par le régime de Vladimir Poutine.
L'une des onze prisonniers politiques russes qui ont rédigé la lettre ouverte du 3 juillet, Darya Kozyreva prend la parole le 18 avril devant le tribunal de Saint-Pétersbourg avant son incarcération. La lettre demande la libération de 10 000 prisonniers politiques russes et d’otages civils ukrainiens détenus par le régime de Vladimir Poutine.

Le 4 juillet, Moscou a lancé le plus grand barrage à ce jour de drones et de missiles depuis son invasion en 2022, visant les civils dans la capitale Kyiv et d’autres villes ukrainiennes. La veille, le président russe Vladimir Poutine s’était entretenu au téléphone avec le président Donald Trump et avait insisté sans détours que « la Russie continuera à poursuivre tous ses objectifs ». Autrement dit, conquérir et assujettir l’Ukraine et son peuple.

Trump a déclaré aux journalistes qu’il était « très mécontent » de cet appel. Il cherche à convaincre Poutine d’accepter un cessez-le-feu et de se joindre à Washington pour contrer le défi que représente Beijing pour la hiérarchie capitaliste mondiale dominée par les États-Unis. « On a l’impression qu’il veut aller jusqu’au bout et continuer simplement à tuer des gens. »

Mais le coût immense de la guerre, soit plus d’un million de travailleurs et d’agriculteurs russes en uniforme tués ou mutilés, amplifie la grogne sur les lignes de front. Malgré la répression du Kremlin, l’opposition à la guerre sanglante de Poutine contre l’Ukraine et à son régime de plus en plus répressif à l’intérieur du pays continue de monter.

Moscou intensifie la production de drones et les attaques de missiles contre des immeubles résidentiels, des usines, des écoles, des établissements médicaux et d’autres cibles civiles. Mais les travailleurs ukrainiens restent plus déterminés que jamais à résister.

Lors d’un appel téléphonique plus tard le 4 juillet, Trump a parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky au sujet du renouvellement des livraisons de missiles Patriot afin de renforcer la capacité de l’Ukraine de protéger sa population. « Ils vont avoir besoin de quelque chose, » a dit Trump à la presse, « parce qu’ils subissent des attaques assez lourdes. Nous allons devoir envoyer plus d’armes ».

Le même jour, le chancelier allemand Friedrich Merz a contacté Donald Trump et ensuite annoncé aux médias que Berlin allait essayer de combler les lacunes de la défense aérienne en achetant des missiles Patriot aux États-Unis pour les envoyer en Ukraine.

Poutine essaie toujours d’arracher plus de territoire à l’Ukraine en utilisant l’énorme avantage de la Russie en termes d’effectifs et d’armements. La poussée militaire de Moscou dans la région ukrainienne du Donbass au cours des deux dernières années s’est avérée extrêmement coûteuse. Le haut commandement du Kremlin traite cyniquement les troupes russes comme de la chair à canon et accepte d’immenses pertes dans l’espoir de faire de lents et laborieux progrès.

Les commentateurs militaires favorables au Kremlin, qui jouissent d’un grand accès aux médias en Russie, affirment que la corruption est monnaie courante parmi les hauts gradés militaires de Moscou. Des généraux prétendent de façon mensongère avoir pris le contrôle de villages qu’ils n’ont pas conquis et exigent des pots-de-vin des soldats qui cherchent à éviter de faire partie des assauts meurtriers de Poutine. De plus en plus, les approvisionnements sont acheminés vers les lignes de front par des camions vieux de 80 ans, des voitures civiles, des voiturettes de golf ou même des ânes.

Des soldats mutilés jetés dans la bataille

Des vidéos circulent montrant des soldats blessés, dont certains ont perdu un bras ou une jambe, contraints de retourner au combat. Selon ces « milblogueurs » [blogueurs militaires], l’ébriété et la consommation de drogue sont omniprésentes, le moral est en berne et on compte un nombre croissant de désertions parmi les troupes russes.

Les soldats sont obligés de compter sur des appels de fonds en ligne en Russie pour tenter de réunir les moyens d’acheter tout : des drones, des gilets pare-balles, des trousses de premiers soins ainsi que des groupes électrogènes. Certains milblogueurs rapportent que la population russe se lasse d’envoyer de l’argent. Les troupes accordent peu de crédit aux appels du gouvernement au patriotisme et au sacrifice.

En septembre, le Ministère russe de la Défense a ordonné une très rare enquête interne après que deux opérateurs de drones bien connus, Dmitry Lysakovsky et Sergei Gritsai, ont été envoyés dans une mission désespérée par des officiers qu’ils avaient offensés. Les deux hommes ont diffusé un dernier testament sous forme de vidéo pour dénoncer leur commandant, Igor Puzik, disant qu’il profitait des biens saisis pendant la guerre et du trafic de drogue au sein du régiment et qu’il avait menti sur la prise du village de Lysyvka dans la région de Donetsk.

« J’enregistre cette vidéo parce qu’il y a une très forte probabilité que je ne reviendrai pas de cette attaque, a déclaré Lysakovsky. Notre objectif principal est désormais de survivre, tandis que le leur est de s’assurer que nous ne survivrons pas. »

La vidéo est devenue virale. Des millions de personnes l’ont regardée et elle a nourri la grogne croissante au front et en Russie.

Le nombre colossal de victimes et la crise sociale en Russie engendrent une véritable catastrophe démographique. L’agence statistique officielle russe a récemment cessé de publier des données sur les décès, les naissances et la population totale du pays. Un rapport précédent a montré que l’espérance de vie des hommes avait chuté de 66 à 61 ans au cours de la dernière année, tandis que celle des femmes est restée stable à 75 ans, un reflet des pertes dans la guerre. Les derniers chiffres officiels publiés en février ont montré que le taux de natalité était à son plus bas niveau depuis le début des années 1800.

Appel de prisonniers politiques russes

Une lettre ouverte publiée le 3 juillet par 11 prisonniers politiques en Russie a lancé un appel international au nom « [d’]au moins 10 000 prisonniers politiques russes et otages civils ukrainiens ». Selon la lettre, « Nous sommes tous punis pour une seule chose : avoir pris une position civique ». Beaucoup de ces prisonniers s’opposent ouvertement au régime de Poutine et à ses guerres.

« La législation répressive visant à éliminer toute dissidence a été constamment renforcée depuis 2012 », note l’appel. Ceci s’est accélérée ces dernières années, surtout depuis l’invasion ouverte de l’Ukraine par Moscou. Aujourd’hui, « quiconque ose penser de manière critique peut se retrouver derrière les barreaux ».

« La cruauté des peines s’accroît », des peines de prison de 10, 15 et 20 ans n’étant pas exceptionnelles. « La Douma d’État [le parlement] de la Russie réclame régulièrement le rétablissement de la peine de mort. »

« La santé et la vie des prisonniers sont menacées, la torture et les pressions exercées à leur encontre ne font le plus souvent l’objet d’aucune enquête et ne sont pas sanctionnées. Les prisonniers politiques sont, plus souvent que les autres, détenus dans des conditions plus difficiles et privés de la possibilité de bénéficier d’une libération conditionnelle ou d’assouplissement légal du régime de détention. La pratique consistant à engager des procédures pénales supplémentaires sur la base de dénonciations par d’autres condamnés est devenue courante ».

La lettre appelle « les deux parties aux négociations entre la Russie et l’Ukraine à procéder immédiatement à un échange de prisonniers de guerre et de civils selon la formule ‘tous contre tous’, y compris les otages civils ukrainiens » détenus dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine. Et à « la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques malades qui meurent dans les prisons russes ».

La lettre est signée par Alexei Gorinov, Anna Arkhipova, Vladimir Domnin, Boris Kagarlitsky, Darya Kozyreva, Dmitry Pchelintsev, Andrei Trofimov, Ilya Shakursky, Alexander Shestun, Artem Kamardin, Azat Miftakhov.