Texas : la catastrophe sociale causée par les inondations, un produit de la course aux profits du capitalisme

Alyson Kennedy
le 28 juillet 2025
Des bénévoles ramassent des effets personnels le 9 juillet à Georgetown au Texas, après l’inondation d’un parc de véhicules récréatifs. Sous le capitalisme, il n’y aura jamais de préparatifs adéquats pour faire face aux inondations et aux autres catastrophes naturelles.
AP PHOTO/JOSHUA A. BICKELDes bénévoles ramassent des effets personnels le 9 juillet à Georgetown au Texas, après l’inondation d’un parc de véhicules récréatifs. Sous le capitalisme, il n’y aura jamais de préparatifs adéquats pour faire face aux inondations et aux autres catastrophes naturelles.

 FORT WORTH, Texas – Au cours du weekend de la fête nationale du 4 juillet aux États-Unis, une inondation dévastatrice a frappé les villes situées le long de la rivière Guadalupe dans la région des collines du centre du Texas. À ce jour, 134 personnes sont mortes et 101 toujours portées disparues. Le comté de Kerr a été le plus durement touché avec 103 morts, dont 36 enfants. 

Les pluies torrentielles qui ont commencé le 3 juillet ont gonflé les cours d’eau et la Guadalupe, qui s’étend du comté de Kerr au golfe du Mexique. En l’espace de trois heures, il est tombé environ 46 centimètres de pluie. Le niveau de la Guadalupe est monté à plus de 8 mètres en 45 minutes et à 10 mètres à son point culminant. 

Cette partie du Hill Country, une belle région de collines ondoyantes, de canyons escarpés, de rivières et de lacs alimentés par des sources, est un lieu de villégiature très prisé. Il y a des dizaines de camps d’été pour enfants près de la Guadalupe. La région se trouve dans ce qu’on appelle un « couloir de crues subites », d’environ 480 kilomètres de long et de 80 kilomètres de large. On y trouve les villes de San Antonio, Austin et Dallas au nord. 

C’est une des régions qui se développe le plus rapidement au Texas. Mais située entre l’air froid et sec du nord et l’air humide et chaud du Golfe, elle a connu de violentes tempêtes de pluie et des inondations. 

Plus d’un million de logements au Texas sont construits sur des terrains qui présentent un risque élevé d’inondation. Cinq millions de personnes y vivent. 

Le système de profit met les travailleurs en péril 

Comme c’est toujours le cas sous le capitalisme où les patrons et leur gouvernement prennent toutes les décisions pour favoriser leurs profits, les zones basses, qu’elles soient situées sur des plaines inondables ou proches de l’océan, sont des terrains de choix pour les logements moins chers destinés aux travailleurs et aux retraités. Là où il y a le plus grand danger, c’est là qu’on trouve les logements des travailleurs. 

Que ce soit dans des quartiers comme Far Rockaway à New York détruits par l’ouragan Sandy ou dans le comté de Kerr, les lois du capital agissent au détriment des travailleurs. 

Il n’y avait pas de système d’alerte dans le comté de Kerr, où la majorité des décès ont eu lieu. L’État et le gouvernement fédéral ont rejeté les demandes répétées des responsables du comté pour en financer un. La ville voisine de Comfort dans le comté de Kendall était la seule ville de la région à disposer d’une sirène d’alarme sonore récemment installée. Elle s’est déclenchée bien avant que l’inondation destructrice n’atteigne la ville et tout le monde a pu évacuer les lieux en sécurité. 

Du gouverneur Greg Abbott aux responsables locaux du comté de Kerr, les politiciens capitalistes refusent toute responsabilité dans la catastrophe. Lorsqu’un journaliste a demandé à Greg Abbott s’il allait demander une enquête pour déterminer « qui est responsable ici », il a sèchement répondu : « Sachez-le, c’est un langage de perdants ». 

« Chaque coin de notre État est passionné de football et chaque équipe de football commet des erreurs, a-t-il dit. Les équipes qui perdent sont celles qui cherchent des responsables. » 

S’adressant aux journalistes quelques heures après la catastrophe, le juge du comté de Kerr Rob Kelly a déclaré : « Nous n’avions aucune raison de croire que quelque chose comme ça allait se passer ici, absolument aucune. » 

Les autorités ont envoyé des messages pour signaler la possibilité d’inondations, la première fois à 1 heure du matin, puis, de manière plus insistante, à 4 heures du matin, alors que la plupart des gens dormaient. 

Le comté de Kerr a connu des inondations en 2002, 1998, 1987, 1978 et avant. En 2015, « un mur d’eau » a déferlé sur Wimberley, à 95 km au nord de San Antonio, tuant 13 personnes. 

En 1932, le niveau de la Guadalupe est monté à 10 mètres en deux heures et les inondations ont emporté des lieux de villégiature, dont le camp d’été Mystic. 

O. D. Westcott, le colonel de l’armée chargé des opérations de nettoyage à l’époque, avait affirmé à l’Austin-American qu’il y avait cependant un aspect positif dans l’affaire. « Plus jamais on ne construira des chalets juste au bord de la rivière. Les promoteurs resteront au-dessus du plus haut niveau atteint par l’eau cette année et ça les mettra en sécurité. La catastrophe est un coup dur, mais en réalité c’est une bénédiction déguisée. » 

Mais à la longue, les lois du capital ont pris le dessus. Après l’inondation de Wimberley en 2015, les promoteurs ont fait pression sur les autorités pour qu’elles autorisent davantage de constructions dans la plaine inondable. Le camp Mystic, où au moins 27 enfants et accompagnateurs ont perdu la vie lors de l’inondation de cette année, a été reconstruit et les régulateurs fédéraux ont accédé de façon répétée aux demandes des propriétaires du camp qui voulaient l’agrandir jusqu’à la rivière. 

Solidarité ouvrière 

Depuis la catastrophe, on a assisté à un déferlement de solidarité ouvrière. À plusieurs reprises, les autorités locales et de l’État ont découragé les volontaires civils. Mais plus de 12 000 sont arrivés pour participer aux opérations de nettoyage et de sauvetage. 

Une chaîne de télévision d’Austin, KXAN-TV a diffusé une conférence de presse où une bénévole, Courtney Calhoun, a confrontée le gouverneur Greg Abbott. Elle voulait savoir pourquoi on lui avait demandé, ainsi qu’à 200 autres bénévoles, de quitter un site de recherche. « Nous sommes très compétents, a-t-elle dit. Nous ne sommes pas des ressources inutiles. Nous le ferons gratuitement. C’est dans notre sang ». 

Patricia Campos de l’État du Michoacán est l’une des nombreuses personnes venues du Mexique. Elle s’est rendue à Kerr avec Los Topos, une organisation mexicaine de secouristes bénévoles créée après le tremblement de terre de 1985 au Mexique. « Ce qui m’a motivée à venir ici, a-t-elle dit, c’est le désir de venir en aide aux gens sans rien attendre en retour ». 

Des membres de la Marine cajun sont venus. Il s’agit d’un groupe de travailleurs de la Nouvelle-Orléans qui possèdent des bateaux. Le groupe a été créé après le passage destructeur de l’ouragan Katrina dans la région en 2005. En raison des conséquences émotionnelles des pertes, le groupe a limité ses bénévoles aux anciens combattants. 

« Une préparation adéquate pour les ouragans, les inondations et d’autres catastrophes naturelles ne sera jamais organisée sous le système capitaliste, qui donne 

la priorité aux profits plutôt qu’aux humains », a dit au Militant  Dennis Richter, un dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (SWP) au Texas. 

« La science et la technologie créées par les travailleurs permettent de minimiser les effets des inondations. Les centaines de morts et la dévastation causée par l’inondation de la rivière Guadalupe n’étaient pas inévitables, a-t-il ajouté. Elles sont le produit du développement capitaliste dans les plaines inondables, du refus de financer un système d’alerte et de l’absence de plans d’évacuation sérieux en cas de tempêtes dangereuses. » 

« Cela montre pourquoi les travailleurs doivent prendre le pouvoir politique et organiser un gouvernement et une société qui placent la vie humaine au-dessus des profits. »