Les dirigeants du capitalisme d’État chinois s’efforcent d’étendre leur influence économique et militaire à travers le Pacifique, remettant ainsi en question la suprématie dont jouit Washington dans cette région depuis des décennies. Les dirigeants US sont déterminés à l’emporter et à protéger leurs marchés, ressources et profits dans la région, qu’ils considèrent comme leur récompense pour être sortis grands vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale impérialiste. Washington menace d’intervenir militairement, avec l’aide de ses alliés, si Pékin tente d’envahir Taïwan et de s’en emparer.
Pékin investit massivement dans l’expansion de ses forces armées, en même temps que des millions de travailleurs chinois sont confrontés à une crise économique qui s’accentue. Des mobilisations et manifestations de travailleurs sont réprimées par le régime autoritaire.
Dans un contexte de désintégration de « l’ordre » impérialiste mondial, les dirigeants chinois voient dans l’affaiblissement de la domination de Washington une occasion pour étendre leur propre pouvoir dans la région de l’Asie-Pacifique et au-delà. Ils ont mené des exercices militaires en vue d’une invasion de l’autre côté du détroit de Taïwan, se sont frottés aux forces armées des Philippines au sujet des îles voisines et ont renforcé leur production d’armements.
Pékin a créé et fortifié des îlots dans toute la mer de Chine méridionale, où transite près d’un tiers du trafic maritime mondial. Récemment, les dirigeants chinois ont planté une plate-forme pétrolière permanente dans une zone disputée de la mer Jaune, entre la Chine et la Corée du Sud.
En juin, deux porte-avions chinois ont mené pour la première fois ensemble des exercices dans le Pacifique occidental, près du Japon. Un troisième porte-avions, plus grand et plus sophistiqué, même s’il n’est pas encore comparable aux géants à propulsion nucléaire de la flotte US, entrera en service cette année.
En février, des navires de guerre de la marine chinoise ont mené des exercices de tir réel sans préavis dans la mer de Tasmanie entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ce qui a perturbé quelque 50 vols internationaux. Cette démonstration agressive, y compris le fait de faire le tour de l’Australie en naviguant, a été un « signal d’alarme » pour Canberra et Wellington, a déclaré le ministre néo-zélandais de la Défense.
Washington fait pression sur les gouvernements de ses partenaires dans le Pacifique — le Japon, l’Australie, la Corée du Sud, Taïwan et d’autres — pour qu’ils renforcent leurs propres armements et armées.
Le plus grand exercice militaire jamais organisé, géré conjointement par Washington et Canberra, a débuté le 14 juillet dans le nord de l’Australie. Plus de 2 000 Marines US y sont basés pendant la moitié de chaque année, et des bombardiers stratégiques US y sont déployés à tour de rôle.
Cette année, les exercices bisannuels, appelés Talisman Sabre, ont mobilisé plus de 40 000 soldats provenant de 19 pays. Les forces armées des puissances impérialistes du Japon et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que celles de plusieurs pays européens, de la Corée du Sud, des Philippines, de l’Inde et des Fidji y ont participé.
L’utilisation de drones aériens, terrestres et maritimes, qui occupent une place croissante dans les guerres contemporaines, notamment dans la bataille pour la souveraineté de l’Ukraine, se développe partout.
Conflits commerciaux avec la Chine
La crise du capitalisme, qui s’approfondit aujourd’hui, alimente les tensions commerciales aussi bien entre rivaux qu’entre alliés à travers le monde. Aucune relation commerciale n’est plus tendue que celle qui oppose les dirigeants de Washington et de Pékin. La crise a aiguisé les conflits entre les puissances rivales sur les richesses extraites du travail des ouvriers et des agriculteurs, ainsi que pour l’accès aux marchés et aux richesses minières.
Les vastes industries manufacturières de la Chine dépendent fortement des exportations vers les marchés US, de l’Union européenne et ailleurs, puisque aucun marché intérieur comparable n’a été développé sur le territoire chinois. Cela rend la Chine vulnérable dans les conflits commerciaux, alors qu’elle tente de sortir de sa crise par les exportations.
Les travailleurs chinois font face à un avenir incertain. La crise entraîne un chômage et un mécontentement massifs chez les jeunes, ainsi qu’une augmentation des inégalités, des licenciements et des salaires impayés.
Des années de plans de relances gouvernementaux avaient gonflé une énorme bulle dans la construction d’immenses tours d’appartements – que de nombreux travailleurs n’avaient pas les moyens d’acheter – et dans le développement d’autres infrastructures. En 2021 la bulle a éclaté. L’effondrement d’Evergrande, une société immobilière géante qui a sombré face à un excédent de logements invendables et à une dette massive, en est l’illustration.
Des millions de personnes ont perdu leurs économies dans des faillites bancaires et des municipalités endettées sont toujours confrontées à de graves difficultés financières.
Tenter d’échapper à la crise par un nouveau plan de relance massif du gouvernement central ne peut que créer une catastrophe encore plus profonde. Le président chinois Xi Jinping a récemment reconnu: « Nous ne devons pas seulement nous concentrer sur le taux de croissance du PIB et le nombre de grands projets réalisés, mais aussi sur le montant de la dette. »
La concurrence entre les industriels chinois pour les marchés – aussi bien à l’intérieur de la Chine qu’à l’étranger – mène l’économie vers un nouveau krach. Cela est particulièrement flagrant dans l’industrie des véhicules électriques, où la guerre des prix à la baisse alimente une spirale déflationniste.
Faisant une comparaison avec l’effondrement du marché immobilier, Wei Jianjun, président de Great Wall Motors, a déclaré : « L’Evergrande de l’industrie automobile existe déjà, mais elle n’a pas encore explosé. »
La seule façon dont les patrons de l’automobile dans le pays ont jusqu’à présent survécu est en arrêtant de payer leurs fournisseurs, ce qui amplifie la crise économique.
Les baisses de prix nourrissent également des guerres des tarifs douaniers avec les concurrents étrangers. Tout cela alimente la course à l’augmentation des dépenses militaires.
Les travailleurs du monde entier sont amenés à résister aux attaques des patrons et de leurs gouvernements contre nos conditions de travail. En même temps, ces mêmes patrons nous disent que « nous », les Américains, avons un intérêt commun à faire reculer la concurrence étrangère. C’est un mensonge. Les travailleurs US ont un grand intérêt de classe à développer la solidarité internationale avec les autres travailleurs contre le patronat et ses partis politiques partout dans le monde, y compris en Chine.
