MONTRÉAL – « Nous ne nous laisserons ni intimider ni régimenter par des menaces visant à nous forcer à reprendre le travail, » a déclaré Jason Schilling, président de l’Association des enseignants de l’Alberta, lors d’une conférence de presse le 17 octobre. Il faisait référence aux pressions exercées par le gouvernement provincial pour les pousser à abandonner leur lutte contre les classes surpeuplées, le déclin de l’enseignement public et pour des salaires qui permettent aux enseignants de vivre décemment. Les enseignants, a-t-il ajouté, « n’ont pas d’autre choix que de poursuivre la grève » qu’ils ont entamée 11 jours plus tôt.
Schilling répondait à la demande de la première ministre du Parti conservateur uni, Danielle Smith, que les 51 000 enseignants de l’Alberta mettent fin à leur grève et s’en remettent plutôt à des négociations menées sous l’égide d’un médiateur nommé par le gouvernement. Smith menace d’imposer une loi antigrève ordonnant le retour au travail si le syndicat refuse.
Le 16 octobre, plus de 8 000 enseignants, parents, élèves et autres sympathisants de la grève ont participé à un rassemblement à Edmonton, à l’extérieur d’une réunion où Danielle Smith s’adressait à la Chambre de commerce d’Edmonton. Plus de 20 000 personnes avaient déjà pris part avant le début de la grève à des rassemblements à Calgary et Edmonton, ainsi que dans un grand nombre de petites villes et villages.
Des classes de plus de 30 élèves, parfois même 50 ou 60, comme la norme, c’est « le chaos, pas l’éducation », a déclaré Medeana Moussa lors du rassemblement d’Edmonton. Elle s’exprimait au nom du groupe Appuyons nos étudiants Alberta.
« Nous en sommes à un point de rupture »
« Nous en sommes à un point de rupture. Nous sommes surchargés de travail, il y a trop d’enfants », a déclaré à CBC News Lee Hrycun, un professeur au secondaire à Edmonton, lors d’un rassemblement dans cette ville. « S’ils nous obligent à retourner au travail, je ne sais pas […] combien de mes collègues reviendront. »
La première ministre Smith répète avec insistance que le gouvernement ne négociera pas la taille des classes avec les enseignants. Le gouvernement de l’Alberta refuse de divulguer la taille moyenne des classes depuis 2019. « Depuis, la taille des classes a explosé » dénonce le syndicat, dont les membres connaissent la réalité sur le terrain.
Avant la grève, des centaines d’élèves du secondaire ont quitté leurs cours pour tenir des rassemblements d’appui aux enseignants. La participation des élèves et des parents est une caractéristique frappante de tous les rassemblements en soutien au syndicat.
Un récent sondage montre que 84 % des habitants de l’Alberta sont d’accord avec les enseignants pour dire que la taille des classes est trop grande. Cette grève marque la première fois que tous les enseignants des écoles publiques, catholiques et francophones de l’Alberta débrayent ensemble. Même s’il y a une grève, les responsables du syndicat des enseignants ont décidé de ne pas établir de lignes de piquetage devant les écoles. Ils disent que contrairement à l’industrie, dans les emplois du secteur public, « il n’y a pas de “production” à interrompre au moyen d’une ligne de piquetage. »
« Les syndicats doivent défendre le droit de grève »
Mais en 2022, les lignes de piquetage qui ont fermé des centaines d’écoles en Ontario ont joué un rôle décisif pour mobiliser le soutien à la grève des 55 000 travailleurs et travailleuses de soutien scolaire, membres du Syndicat canadien de la fonction publique. Ces derniers ont réussi à défier une loi de retour au travail grâce au large soutien du mouvement ouvrier à travers le pays, forçant le gouvernement ontarien du premier ministre Doug Ford à retirer sa loi antigrève.
« Les efforts du gouvernement de l’Alberta pour forcer les enseignants à reprendre le travail sans une entente poursuit l’offensive des dirigeants capitalistes contre le droit de grève à travers le Canada, » a déclaré le 19 octobre au Militant Philippe Tessier, candidat de la Ligue communiste à la mairie de Saint-Léonard, un arrondissement de Montréal.
Chef de train au Canadien National, Tessier a fait partie des 10 000 cheminots en grève obligés par le gouvernement fédéral de reprendre le travail en août 2024.
« Ottawa a fait la même chose aux postiers et aux débardeurs l’hiver dernier, » a-t-il dit.
« Ils ont également tenté de forcer en août 10 000 agents de bord en grève contre Air Canada à reprendre le travail. Mais ces derniers ont défié l’ordre de retour au travail du gouvernement, maintenu leurs lignes de piquetage et obtenu des gains. Leur lutte courageuse a encouragé les travailleurs de tout le pays. »
« Comme ils l’ont fait en Ontario, les syndicats doivent mobiliser l’ensemble du mouvement ouvrier pour résister à l’attaque des dirigeants capitalistes contre le droit de grève, a dit Tessier. Et construire la solidarité avec les enseignants de l’Alberta et les dizaines de milliers d’employés des postes et du gouvernement de la Colombie-Britannique actuellement en grève pour des salaires viables, contre les coupes budgétaires du gouvernement et pour la sécurité au travail. »
Les enseignants planifient un rassemblement de masse le 23 octobre lors de la reprise des travaux de l’Assemblée législative de l’Alberta.
