Le gouvernement de l’Alberta ordonne aux enseignants de mettre fin à leur grève et leur impose le contrat qu’ils avaient rejeté

Sous peine d’amendes pouvant atteindre 500 000 $ CAN par jour, les enseignants ont repris le travail le 29 octobre

John Yardley
le 10 novembre 2025
Enseignants, élèves et partisans se rassemblent le 27 octobre à Edmonton pour soutenir la grève des enseignants de l’Alberta. Les enseignants se battent pour mettre fin au déclin de l’éducation, pour réduire la taille des classes et pour obtenir les salaires dont ils ont bien besoin.
MILITANT/KATY LEROUGETELEnseignants, élèves et partisans se rassemblent le 27 octobre à Edmonton pour soutenir la grève des enseignants de l’Alberta. Les enseignants se battent pour mettre fin au déclin de l’éducation, pour réduire la taille des classes et pour obtenir les salaires dont ils ont bien besoin.

EDMONTON, Alberta — Le 28 octobre, le gouvernement provincial du Parti conservateur uni (PCU) a ordonné de reprendre le travail aux 51 000 enseignants membres de l’Association des enseignants de l’Alberta en grève depuis le 6 octobre. Il a ordonné la reprise des cours le lendemain.

« Ne vous y trompez pas, le PCU vient de déclarer la guerre aux travailleurs », a répondu Gil McGowan, président de la Fédération du travail de l’Alberta. « Au milieu d’une crise historique du pouvoir d’achat, nous ne pouvons pas les laisser neutraliser les syndicats et saper le pouvoir de négociation des travailleurs en toute impunité. »

En vertu de la « Loi sur le retour à l’école », chaque enseignant est passible d’une amende de 500 $ CAN (360 $ US ou 310 €) par jour s’il défie l’ordre. Le syndicat serait condamné à une amende quotidienne de 500 000 $ CAN. Le gouvernement a également invoqué la « clause dérogatoire » qui protège l’ordre contre toute contestation judiciaire pendant cinq ans, y compris contre les accusations de violer la Charte canadienne des droits et libertés. La loi impose également les termes du contrat que les enseignants ont rejetées à 89,5 % à la fin du mois de septembre.

Les dirigeants du Front commun, une coalition regroupant la Fédération du travail de l’Alberta, l’Association des enseignants de l’Alberta et d’autres syndicats représentant 350 000 travailleurs, ont annoncé leur réponse le 29 octobre.

« C’est tellement frustrant. Nous faisons de notre mieux pour faire passer le message, mais ils ne comprennent rien, » a dit Shelley Frederick, enseignante au primaire depuis 34 ans, à Katy LeRougetel, candidate de la Ligue communiste à la mairie de Montréal le 28 octobre, alors qu’elles regardaient ici le débat des députés à la télévision dans l’auditorium de l’Association des enseignants. « Ils écrasent la démocratie ! Ce qui est juste est juste. J’ai dit à mon mari de ne pas payer ma caution si je vais en prison. »

« Les dirigeants capitalistes cherchent à empêcher nos syndicats de lutter contre les effets de la crise économique internationale et à nous empêcher de nous opposer à leur marche vers la guerre, » a répondu LeRougetel. « Je suis venue ici pour construire la solidarité avec votre lutte. C’est un exemple pour les travailleurs de tout le pays. »

Plus tôt dans la matinée, des centaines d’enseignants, d’élèves et de partisans se sont rassemblés à plusieurs carrefours d’Edmonton pour soutenir la lutte, agitant des drapeaux et des pancartes. Ils ont été accueillis par les automobilistes qui passaient par une cacophonie assourdissante de klaxons. Le soutien aux enseignants est très répandu.

Des dizaines de milliers d’enseignants et sympathisants se sont rassemblés plusieurs fois ici à Edmonton, à Calgary et dans des villes plus petites. Trente mille personnes ont manifesté le 23 octobre à Edmonton lors de l’ouverture de la session d’automne de l’Assemblée législative provinciale. Le syndicat des enseignants et la confiance des enseignants en leurs propres capacités se sont renforcés à mesure que la grève s’est poursuivie.

Les négociations ont commencé il y a plus d’un an, centrées sur le manque de ressources pour l’éducation et sur l’augmentation des salaires. Les enseignants ont voté à 95 % pour autoriser la grève.

Ordres antisyndicaux de reprise du travail

Depuis août 2024, le gouvernement fédéral impose de plus en plus souvent aux syndicats des ordres de reprise du travail, dont les cheminots, les débardeurs et les postiers. « Je suis ici pour protester contre la clause dérogatoire, car je sais ce que l’on ressent lorsque le gouvernement vous renvoie au travail », a déclaré au Militant Meagan Howard, déléguée syndicale en chef du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes du Canada, lors d’un rassemblement organisé par des élèves le 27 octobre.

En août, 10 000 agents de bord d’Air Canada ont défié un ordre semblable pour briser leur grève et l’ont poursuivie. Ils n’ont repris le travail que trois jours plus tard, après la conclusion d’un accord. En 2022, une mobilisation sans précédent des syndicats de l’Ontario a contraint le gouvernement provincial à retirer une mesure similaire visant à contraindre les employés de soutien des écoles à reprendre le travail.

Les classes dans les écoles de l’Alberta sont sérieusement surchargées. Certaines ont 40 élèves et plus. Il n’y a pas assez d’enseignants pour s’occuper des élèves ayant des besoins spéciaux. « Les classes surchargées font que les élèves ayant des besoins spéciaux ne reçoivent pas suffisamment de soutien, » a déclaré au Militant Greg Carabine, professeur de physique et de chimie et membre de l’exécutif provincial de l’Association des enseignants, lors du rassemblement du 27 octobre. « Les enseignants ne peuvent pas tout faire tout le temps. Ça les blesse, ils le prennent personnellement. »

Élève de 12e année (classe terminale), Francesca Castro a déclaré lors du rassemblement : « Mon école secondaire compte 250 élèves de plus que la capacité prévue. »

Le gouvernement de l’Alberta a proposé une médiation au syndicat mais a refusé de négocier la taille des classes. Le syndicat a rejeté cette proposition.