Le 10 novembre, le ministère de la guerre des États-Unis a annoncé que ses forces avaient attaqué et coulé deux autres bateaux au large du Venezuela, tuant six personnes. Il a dit qu’elles visaient des « narco-terroristes ». Cette frappe porte à 76 le total des personnes tuées dans 19 attaques mortelles.
Washington se sert de sa puissance économique, militaire et politique pour renforcer sa position de domination dans l’hémisphère occidental et pour renforcer en particulier l’emprise des monopoles de pétrole et de gaz US. Dans ce cadre, il cherche à renverser le président Nicolás Maduro au Venezuela, à reprendre le contrôle des immenses ressources de pétrole et de gaz naturel de ce pays et à les utiliser comme levier contre ses concurrents, en particulier Beijing.
Son offensive fait aussi partie de la guerre économique que les dirigeants US livrent depuis des décennies contre la révolution socialiste à Cuba.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a parcouru la région en mars pour faire pression sur les gouvernements des Caraïbes pour qu’ils cessent d’utiliser le programme d’achat de pétrole PetroCaribe du Venezuela. Mis en place en 2005, PetroCaribe est devenu un important fournisseur de pétrole à 14 pays des Caraïbes à des tarifs avantageux. Les participants paient entre 5 à 50 % du prix du marché lors de l’achat et le reste pendant plusieurs décennies au taux d’intérêt de 1 %.
Historiquement victimes de prix élevés pour le pétrole et de termes de financement désavantageux imposés par les banques et les monopoles pétroliers impérialistes, de nombreux gouvernements des Caraïbes et d’Amérique centrale ont adopté PetroCaribe. Ce programme réduisait leurs coûts et diminuait leur dépendance économique et politique par rapport à Washington.
Le programme a gagné aux gouvernements d’Hugo Chávez et de son successeur, Nicolás Maduro, un soutien politique de la part des nations qui y participent. La Maison-Blanche accuse Caracas d’« extorquer » ces pays, alors qu’elle n’offre aucune véritable alternative.
Aussi bien sous les administrations démocrates que républicaines, les dirigeants capitalistes US ont imposé des sanctions draconiennes à l’industrie pétrolière vénézuélienne. En 2019, sous l’administration de Joseph Biden, le Département du Trésor a imposé des sanctions à Petroleos de Venezuela, SA, l’entreprise publique connue sous le nom de PDVSA, et interdit tout achat de pétrole vénézuélien, y compris par le biais des pays tiers.
Le programme PetroCaribe a été largement suspendu parce que les sanctions de Washington ont entraîné un très important déclin de l’industrie pétrolière du Venezuela. Les gouvernements des Caraïbes ont dénoncé les actions de Washington en disant qu’elles les obligeaient à dépenser beaucoup plus pour l’achat de pétrole. « Aux Caraïbes, nous souffrons énormément, » a déclaré le Premier ministre de la Dominique, Roosevelt Skerrit, en juillet 2023 à une réunion de Caricom, un bloc commercial régional.
Une « énorme opportunité » pour les patrons US
Les dirigeants capitalistes US manœuvrent pour transformer en manne pour eux la découverte et le développement de nouvelles réserves importantes de pétrole et de gaz naturel au Guyana et au Suriname et pour porter des coups à leurs concurrents. En même temps, les responsables de la Maison-Blanche présentent cette expansion comme « une énorme opportunité pour les Caraïbes. »
Mais alors que ces vautours impérialistes tournoient autour de leur proie, de nombreux pays de la région, frappés de plein fouet par les prix mondiaux du pétrole et les conditions de crédit imposées par les institutions financières impérialistes, n’ont pas les moyens d’en acheter.
La majorité des pays des Caraïbes dépendent des importations de diesel et de mazout pour 90 % de leur électricité. Les prix de l’énergie pour les consommateurs individuels y sont parmi les plus élevés au monde, plus du double du tarif déjà élevé payé aujourd’hui aux États-Unis.
Entre-temps, d’ExxonMobil et Chevron à la China National Offshore Oil Corporation, tous les grands monopoles pétroliers se précipitent pour investir des milliards au Guyana et au Suriname. Ils cherchent à piller les ressources naturelles de la région, puis à en tirer profit en les revendant aux populations locales.
Le but du déploiement au large des côtes du Venezuela de l’armada navale US de plus en plus importante est de faire monter la pression sur le gouvernement Maduro, soit pour obtenir des concessions importantes, soit pour le renverser. Ce déploiement fait aussi savoir à Beijing, Moscou et Téhéran que Washington n’accepte pas leurs relations commerciales et financières avec Caracas.
Le Venezuela exporte du pétrole vers la Chine
Confronté à des sanctions US sévères qui lui ont bloqué l’accès aux marchés, jusqu’à 70 % des exportations pétrolières du Venezuela ont été vendues à la Chine entre 2023 et 2025. Mais les relations commerciales entre Pékin et Caracas n’ont pas été un partenariat « équilibré », c’est le moins qu’on puisse dire. Caracas a accumulé une dette de 50 milliards de dollars envers Pékin, dont les dirigeants s’attendent à être remboursés par des livraisons de pétrole à prix réduit.
La Chine est devenue plus qu’un simple marché crucial pour le pétrole vénézuélien. Elle est devenue aussi un partenaire majeur dans les joint-ventures pétrolières au pays.
Tout cela fragilise les recettes en devises étrangères déjà affaiblies de Caracas, dont 53 % proviennent de PDVSA.
Les dernières initiatives des dirigeants US pour renverser le gouvernement vénézuélien ont trouvé une alliée en la personne de la première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar. Celle-ci est une fervente partisane du déploiement naval et des attaques meurtrières US dans les Caraïbes, que ses homologues de la Caricom ont dénoncés.
En récompense, le gouvernement US a donné son feu vert à des pourparlers tripartites entre Shell, le gouvernement de Trinidad et PDVSA afin de négocier l’exploitation du gisement de gaz Dragon dans les eaux vénézuéliennes. Le 27 octobre, Caracas a rompu les pourparlers après que l’USS Gravely, un destroyer équipé de missiles guidés, a accosté à Trinidad pour y mener des exercices conjoints avec la marine de ce pays. Persad-Bissessar « a décidé d’adhérer au programme belliqueux des États-Unis », a déclaré la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez à la télévision nationale.
Les dirigeants US se servent des droits de douane, des soi-disant accords de libre-échange, des sanctions, des menaces politiques ouvertes et de leur puissance militaire pour se mettre dans la meilleure position possible pour empocher la plus-value produite par les travailleurs et les petits agriculteurs.
