MONTRÉAL — En réponse à une sévère escalade des attaques du gouvernement du Québec contre les droits syndicaux et les libertés démocratiques, les quatre fédérations syndicales du Québec et cinq autres syndicats ont appelé à une manifestation ici le 29 novembre. Des milliers de personnes sont attendues.
Cette action vise une série de lois adoptées ou proposées par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) du premier ministre François Legault qui lui donnent le pouvoir d’interdire les grèves, d’étendre son ingérence dans les affaires des syndicats et de limiter le droit des syndicats à participer à des activités politiques.
Alors que ces lois sont discutées, quatre syndicats représentant 9 000 employés d’entretien, chauffeurs d’autobus et de métro, et employés de bureau de la Société de transport de Montréal (STM) ont mené ou prévoient mener des grèves pour obtenir de meilleurs salaires, horaires et conditions de travail.
Le 12 novembre, face à la menace du gouvernement de déclarer sa grève illégale, le syndicat des employés d’entretien a suspendu son action de quatre semaines. Deux jours plus tard, après être parvenu à un accord provisoire, le syndicat des chauffeurs d’autobus et de métro a annulé une grève prévue pour les deux jours suivants.
L’adoption de la loi 2 a mis fin aux négociations entre le gouvernement et les fédérations de médecins. Il impose des conditions qui obligent les médecins à respecter des quotas pour le nombre de patients qu’ils voient sous peine de sanctions financières importantes.
Le 9 novembre, quelque 13 000 médecins et étudiants en médecine ont participé à une manifestation très vivante contre la loi à Montréal, une semaine après une action similaire à Québec.
Lors de ce rassemblement, George Michaels, médecin de famille depuis 40 ans, a déclaré au Montreal Gazette que « l’impact négatif sur les soins de santé » pour les patients ressemblera à celui causé par les coupes budgétaires des années 1990, « qui ont entraîné la fermeture de plusieurs hôpitaux dans la province et le licenciement de milliers de médecins et d’infirmières ».
Sous peine d’amendes pouvant atteindre 20 000 $ CDN (14 200 $ US / 12 300 €) par jour, le gouvernement a ordonné aux médecins de mettre fin à leurs protestations.
Contre le droit de grève
La Loi 14, anciennement le projet de loi 89, autorise le ministre du Travail à mettre fin aux grèves et à imposer l’arbitrage obligatoire. Elle doit entrer en vigueur le 30 novembre. Elle s’inspire explicitement de pouvoirs semblables contenus dans le Code du travail fédéral, qu’Ottawa a utilisés depuis l’été 2024 pour forcer les cheminots, les débardeurs (dockers), les postiers et les agents de bord d’Air Canada à mettre fin à leurs grèves. Les agents de bord ont donné l’exemple en défiant la loi et en obtenant des gains dans le contrat finalement conclu.
Le projet de loi 3 vise à restreindre la capacité des syndicats à financer de l’« action politique », comme construire la solidarité avec des travailleurs en lutte ou prendre position et agir sur des questions politiques. Il s’agit d’une « loi anti-travailleurs, antisyndicale et pro-patronale conçue pour affaiblir les syndicats », a dit le syndicat des Métallos du Québec.
La CAQ a explicitement déclaré que le projet de loi vise la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), une fédération syndicale qui conteste la Loi 21 du Québec devant la Cour suprême du Canada. Cette loi interdit le port de symboles religieux par des enseignants. De nombreuses membres de la FAE sont musulmanes et portent le voile.
Le projet de loi 3 contraint les syndicats à soumettre leurs finances à des audits annuels. Il impose un quorum obligatoire pour les réunions syndicales et contient d’autres ingérences dans les affaires internes des syndicats.
« Nous allons nous tenir debout et nous battre contre cette loi d’ingérence et de contrôle politique. Il est temps de se mobiliser, » a dit le communiqué des Métallos.
Le gouvernement cherche à diviser la classe ouvrière
Le gouvernement de la CAQ a également adopté des lois ou présenté des projets de loi qui divisent les travailleurs sur la base de leur langue ou de leur religion. Le 9 octobre, il a déposé un projet de loi pour instaurer une « constitution » du Québec qui aurait préséance sur toutes les lois existantes ou futures.
Elle intègre la Loi 96 adoptée en 2022, qui restreint l’accès aux services et à l’éducation en anglais dans une province où près de 20 % de la population parle régulièrement cette langue à la maison. Des organisations de défense des droits des anglophones ont organisé des manifestations contre la loi.
Le projet de loi intègre la « clause dérogatoire » de la Constitution canadienne, qui permet aux gouvernements provinciaux et fédéral de protéger les lois qu’ils adoptent contre toute contestation judiciaire. Les gouvernements de l’Ontario et de l’Alberta ont utilisé cette disposition pour faire adopter des lois antigrèves.
Enfin, le 30 octobre, le gouvernement a adopté la Loi 94. Celle-ci élargit la Loi 21 en interdisant à toute personne travaillant dans une école publique de porter des symboles religieux comme le voile musulman, le turban sikh ou la kippa juive. Parmi les personnes visées figurent les employés de garde, les secrétaires, les bibliothécaires bénévoles et le personnel d’entretien et des cafétérias.
Sous prétexte de lutter contre ce que le gouvernement qualifie de déclin de la langue française, la loi 94 oblige également le personnel scolaire de communiquer en français entre eux et avec les élèves, même s’ils ont une autre langue en commun.
L’attaque de la CAQ contre les libertés démocratiques vise à renforcer les divisions au sein de la classe ouvrière dans l’intérêt des capitalistes. Elle fait partie d’une offensive des patrons, avec le soutien d’Ottawa et des gouvernements provinciaux, pour tenter de briser la résistance soutenue de la classe ouvrière et des syndicats face à la crise économique et sociale du capitalisme qui s’aggrave.
