Des pourparlers parallèles entre les gouvernements des États-Unis, de la Russie et de l’Ukraine sont en cours au sujet de plans alternatifs visant à mettre fin à la guerre de Moscou contre l’Ukraine. L’administration du président Donald Trump n’a qu’une seule préoccupation : imposer la stabilité et préparer le terrain pour une meilleure collaboration avec Moscou qui permettrait de promouvoir les intérêts des dirigeants US – pas la souveraineté de l’Ukraine, quelle que soit la détermination des travailleurs de ce pays pour la défendre.
Les pourparlers ont été relancés lorsqu’un plan de « paix » en 28 points rédigé par les négociateurs de la Maison-Blanche et du Kremlin a été coulé au public le 19 novembre. Des sources du gouvernement US ont rapporté que Trump avait donné au président ukrainien Volodymyr Zelensky jusqu’au 27 novembre pour accepter le plan, faute de quoi le gouvernement US n’aurait plus d’engagement envers l’Ukraine.
Trump veut lever les sanctions économiques imposées par les États-Unis et faciliter la réintégration de la Russie dans l’économie capitaliste mondiale. Il veut permettre à Moscou de rejoindre le regroupement du G8 de gouvernements impérialistes. Il espère éloigner le régime du président russe Vladimir Poutine de l’emprise de Pékin, le principal concurrent mondial de Washington, alors que les dirigeants US cherchent à consolider leur suprématie mondiale déclinante dans la lutte pour les profits, les marchés et les ressources.
Washington cherche aussi à utiliser un règlement pour réaffirmer sa domination sur les gouvernements impérialistes « alliés » en Europe.
La proposition qui a coulé a maintenant été abandonnée par Washington au profit d’un plan révisé en 19 points, publié le 24 novembre après des discussions entre des responsables des États-Unis et de l’Ukraine, auxquelles se sont joints par la suite des représentants de puissances capitalistes en Europe.
Le nouveau plan remet à plus tard une décision sur l’exigence de Poutine que l’Ukraine cède du territoire que Moscou n’a pas réussi à conquérir. Il abandonne la proposition, initialement acceptée par les négociateurs de Moscou et de Washington, que l’Ukraine réduise de plus de moitié les effectifs de ses forces armées. Il laisse ouverte la possibilité que l’Ukraine puisse adhérer à l’alliance militaire impérialiste de l’OTAN, une démarche à laquelle Moscou s’oppose farouchement.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré le 25 novembre que Moscou n’accepterait rien d’autre que le plan qu’il avait concocté avec Washington.
L’une des principales exigences de Moscou, c’est que Kiev renonce à son contrôle sur environ 25 % de la province de Donetsk que les armées russes n’ont jamais réussi à conquérir en 11 ans de guerre. Les forces de Moscou occupent actuellement 20 % du territoire ukrainien, y compris toute la péninsule de Crimée, le foyer du peuple tatar largement pro-ukrainien.
Après des années de combats acharnés contre la tentative d’asservissement de l’Ukraine, les travailleurs y restent déterminés à défendre leur pays après avoir réussi à repousser l’offensive de Moscou pour s’emparer de Kiev en 2022.
« Est-ce que nous défendons nos frontières ici seulement pour les abandonner ? À quoi bon tout cela, tous ces sacrifices ? » a déclaré à Reuters Vitalii Traikalo, un artilleur ukrainien de première ligne près de Pokrovsk. Les forces ukrainiennes venaient de chasser les troupes russes du centre de la ville.
Poutine revendique tout le Donbass
La prise de contrôle de toutes les riches régions industrielles et minières de Donetsk et de Louhansk a toujours été un objectif militaire clé pour le Kremlin. Des milliers d’Ukrainiens ont donné leur vie pour défendre ce territoire. Selon la proposition initiale de Washington et Moscou, des milliers d’autres seraient déplacés, forcés de fuir la répression meurtrière de l’occupation élargie de Moscou.
Céder le territoire des villes de Sloviansk, Kramatorsk et Droujkivka dans la région de Donetsk, où vivent 250 000 personnes, est inacceptable pour la plupart des Ukrainiens. En un an d’efforts pour s’emparer de la ville de Pokrovsk dans l’est de l’Ukraine, Poutine a sacrifié la vie de nombreux soldats russes dans son offensive de « hachoir à viande », avec une moyenne de plus de 1 000 victimes par jour.
Nadiya, une habitante de Sloviansk, a été témoin de la prise initiale de la ville par les forces russes en 2014. Elle a rejeté les affirmations de Moscou voulant que c’était la population locale qui l’avait fait et rappelé les combats des Ukrainiens depuis pour défendre la ville.
« Toutes ces années, des gens sont morts pour quoi, pour que nous leur cédions la ville comme ça ? » a-t-elle déclaré au correspondant du réseau d’information Current Time, Andriy Kuzakov. Elle a ajouté qu’elle était convaincue que cette région « restera ukrainienne, j’en suis absolument certaine. Si je n’en avais pas été certaine, je serais partie. »
Le gouvernement ukrainien a demandé une rencontre entre le président Volodymyr Zelensky et Trump avant la fin novembre afin de résoudre les questions restées en suspens dans le nouveau plan en 19 points. Zelensky a prédit que Moscou chercherait à « faire dérailler cette opportunité d’un accord et à prolonger la guerre ».
Zelensky a prévenu que l’Ukraine « pourrait désormais être confrontée à un choix très difficile : soit perdre sa dignité, soit risquer de perdre un partenaire clé. »
Le président russe Vladimir Poutine n’acceptera qu’un accord qui affaiblisse considérablement l’Ukraine et lui laisse la possibilité de poursuivre son objectif de conquérir tout le pays. Il affirme qu’il n’y a aucune base pour une Ukraine indépendante, dont il reproche l’existence à Vladimir Lénine et à la révolution bolchevique de 1917, qui ont lutté pour le droit des nations opprimées à l’autodétermination.
L’ampleur des morts et de la destruction orchestrées par le régime capitaliste expansionniste de Poutine est décrite dans un appel commun à la solidarité avec l’Ukraine publié le 16 novembre par la Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU) et la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU).
Les syndicats ukrainiens lancent un appel à la solidarité
Adressé aux syndicats des pays européens, il constate que la guerre menée par Moscou s’est transformé « en une terreur prolongée contre les travailleurs, les syndicats et des communautés pacifiques ». Il note que des maisons, des hôpitaux, des usines et des écoles ont été détruits. Les emplois et des communautés entières de travailleurs dans les régions du front sont en train d’être anéantis.
Des infrastructures critiques de l’Ukraine comme celle de l’énergie, « tout ce qui alimente la vie de millions de personnes », sont prises pour cible. « Au cours des huit premiers mois de 2025, 766 travailleurs ont été blessés et 154 tués au travail. » De nombreux locaux syndicaux ont été touchés.
Poutine a intensifié ses attaques meurtrières de missiles et de drones. Au moins sept personnes ont été tuées lors des frappes aériennes menées par Moscou contre Kiev le 25 novembre. Six jours avant, 26 personnes avaient été tuées et 94 blessées lorsqu’un missile a frappé un immeuble résidentiel à Ternopil, dans l’ouest de l’Ukraine. Cinq personnes ont été tuées lors d’une attaque à Zaporijia la même nuit.
