Le gouvernement syrien lance une attaque meurtrière contre les Kurdes et porte un important coup contre leurs droits nationaux

Terry Evans
le 2 février 2026
L’armée syrienne défile à Alep le 8 décembre. Avec l’accord des États-Unis, elle a attaqué?les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes et pénétré profondément?dans leur territoire le 18 janvier, un sérieux coup à l’autodétermination kurde.
Sy_Defense/XL’armée syrienne défile à Alep le 8 décembre. Avec l’accord des États-Unis, elle a attaqué les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes et pénétré profondément dans leur territoire le 18 janvier, un sérieux coup à l’autodétermination kurde.

Une offensive de plusieurs jours menée par l’armée syrienne contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes a repoussé le 18 janvier les FDS hors d’une grande partie des zones sous leur contrôle dans le nord-est de la Syrie. Le gouvernement a rompu l’accord de cessez-le-feu qu’il avait signé la veille avec les FDS, et les combats se poursuivent autour de la ville de Kobani et dans d’autres régions.

Washington a été allié aux FDS dans la lutte contre les forces réactionnaires de l’État islamique qui ont semé la mort et la destruction dans toute la région en 2015. Mais le gouvernement US demande maintenant aux FDS de rendre les armes et de laisser les forces gouvernementales syriennes prendre le contrôle de la région nord-est.

Les dirigeants US cherchent à resserrer leurs liens avec le nouveau président syrien, Ahmad al-Charaa. Ils considèrent que le renforcement de leurs relations avec lui est essentiel pour consolider leurs alliances avec les régimes arabes du Moyen-Orient, alors qu’ils s’efforcent d’établir un « Conseil de la paix » pour gouverner Gaza et piller la région.

Washington est déterminé à ce que la lutte non résolue pour les droits nationaux des Kurdes ne vienne pas entraver ses plans.

Répartis entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie, plus de 30 millions de Kurdes constituent la plus grande nationalité sans patrie dans le monde. Depuis des décennies et malgré une répression sévère, ils refusent de cesser la lutte pour leurs droits nationaux. La zone autonome dirigée par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie a été créée lors de la guerre contre l’État islamique. Les Kurdes représentent 10 % de la population syrienne, qui compte 23 millions d’habitants.

Les troupes syriennes ont pris le contrôle militaire et administratif total de Deir el-Zour et Raqqa, les deux provinces majoritairement arabes de la région contrôlée par les Kurdes. Celles-ci comprennent aussi des zones où se trouvent de nombreux champs pétroliers et gaziers de la Syrie.

Dirigées par des combattants des Unités de protection du peuple, qui sont kurdes, les FDS comptent aussi dans leurs rangs des combattants arabes, turkmènes et assyriens.

Les FDS contrôlent toujours des zones dans la majeure partie de la troisième province de la région nord-est, Hassaké qui est à majorité kurde, ainsi que la ville de Kobané dans la province de Raqqa. Le 20 janvier, elles y ont repoussé des attaques des forces gouvernementales syriennes. Les habitants de Kobané disent que l’approvisionnement en électricité et en eau a été coupé. Le gouvernement syrien nie que ses forces assiègent la ville.

« Nous avons signé un accord dimanche [17 janvier], mais Damas l’a immédiatement rompu », a déclaré Ilham Ahmad, responsable des relations étrangères de l’administration civile affiliée aux FDS.

Cet accord aurait mis fin au contrôle kurde sur le nord-est de la Syrie et conduit les combattants des FDS à rejoindre un à un l’armée syrienne, une fois leur candidature « approuvée » par le gouvernement.

L’accord de cessez-le-feu prévoyait le retrait de Syrie de toutes les forces du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une mesure réclamée depuis longtemps par les dirigeants turcs. Pendant des années, le PKK s’est battu pour les droits nationaux kurdes contre différents gouvernements turcs. Il a déclaré un cessez-le-feu en mars dernier.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan soutient le président syrien al-Charaa dans sa volonté de consolider l’emprise politique et militaire de son gouvernement sur la Syrie. Erdogan a avant tout donné priorité à frapper la lutte des Kurdes syriens, craignant que leurs avancées ne servent d’exemple aux Kurdes de Turquie. En 2018, l’armée turque a envahi la région d’Afrin dans le nord-ouest de la Syrie, forçant 160 000 Kurdes à fuir, beaucoup vers la région nord-est.

L’offensive actuelle de l’armée syrienne fait suite à sa campagne de la semaine dernière pour reprendre les zones contrôlées par les Kurdes et défendues par les FDS. À la suite de cette attaque, plus de 500 familles kurdes ont fui dans la province de Hassaké.

Les dirigeants US soutiennent l’assaut du gouvernement syrien

Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad à la fin de 2024, Washington a noué des liens avec le gouvernement d’Ahmad al-Charaa et levé les sanctions US contre la Syrie. Le 17 janvier, juste avant l’offensive contre la région kurde, Tom Barrack, envoyé spécial US pour la Syrie, a rencontré le chef des FDS, Mazloum Abdi, en Irak afin d’imposer aux forces gouvernementales le cessez-le-feu et la cession de territoires.

Après la signature de l’accord, le président Donald Trump a déclaré : « Pour que vous compreniez bien, les Kurdes ont reçu d’énormes sommes d’argent, du pétrole et d’autres choses. Ils le faisaient donc pour eux-mêmes plus qu’ils ne l’ont fait pour nous. »

Le soutien de Washington au gouvernement syrien n’est que la dernière d’une longue série de trahisons de la lutte nationale kurde.

Un ancien dirigeant d’Al-Qaïda, Ahmad al-Charaa a pris ses fonctions en affirmant qu’il respecterait les droits de tous les Syriens. Mais il a cherché à étendre le contrôle de son régime sur l’ensemble du pays et, en particulier, à imposer son autorité sur les minorités nationales et religieuses. En juillet 2025, des forces alliées à son gouvernement ont lancé des attaques contre les zones à majorité druze dans le sud de la Syrie, y tuant des centaines de personnes. Avec le soutien du gouvernement israélien, la résistance des Druzes a imposé une fin aux attaques.

En mars 2025, les forces gouvernementales syriennes ont mené des attaques contre des membres de la minorité alaouite, autrefois un bastion du régime de Bachar al-Assad, tuant plus de 1 400 personnes.

Le gouvernement de Ahmad al-Charaa repose sur une coalition dont les racines remontent à des forces islamistes réactionnaires. Lorsque Bachar al-Assad s’est enfui et qu’Ahmad al-Charaa a pris le pouvoir à la fin de 2024, le gouvernement israélien a rapidement réagi pour repousser la menace que représentait le nouveau gouvernement. Les forces israéliennes ont lancé 320 frappes aériennes pour détruire la marine syrienne, des armes chimiques, des missiles et d’autres sites militaires.

Alors que les forces gouvernementales syriennes remportent d’importantes victoires dans le nord-est du pays, Ahmad al-Charaa a publié un décret le 17 janvier reconnaissant le kurde comme langue officielle et interdisant la discrimination à l’égard des Kurdes. Ces mesures ont pour but de masquer le fait que ses forces portent de graves atteintes au droit des Kurdes à l’autodétermination.

Partout dans le monde, des Kurdes et leurs sympathisants sont descendus dans la rue pour protester contre cette offensive. Des manifestations de solidarité ont eu lieu dans la région kurde d’Irak, dans les villes d’Irbil et de Souleimaniyé.

Près de 150 personnes ont manifesté à Montréal le 17 janvier à la suite de l’attaque contre les quartiers kurdes d’Alep.

Deux jours auparavant, des centaines de personnes ont manifesté à Manchester, en Angleterre, dans la plus grande manifestation de solidarité avec les Kurdes organisée dans cette ville depuis de nombreuses années. Les manifestants ont marché derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Pas de paix sans justice pour les Druzes, les Alaouites et les Kurdes en Syrie ».