NEW YORK — « Avant tout, Dave Prince était un marxiste, un travailleur révolutionnaire, » a dit Jack Barnes, secrétaire national du Parti socialiste des travailleurs (SWP), aux participants d’une réunion organisée ici le 22 mars pour célébrer la vie de Prince et sa contribution politique à la construction d’un parti prolétarien aux États-Unis. À ses côtés se trouvaient Mary-Alice Waters et Paul Mailhot, dirigeants du SWP et coprésidents de la réunion, ainsi que six autres orateurs.
Organisée par les branches du parti du Nord du New Jersey et de New York, la célébration a réuni 160 personnes.
Dave Prince, qui avait adhéré au SWP à Cleveland en 1965, est décédé le 25 janvier à l’âge de 82 ans, après un long combat contre le cancer. Membre du Comité national du parti depuis 1977, il a assumé un large éventail de responsabilités de direction centrales dans les activités de construction du parti et le travail international du SWP. Il a contribué à organiser et diriger le financement du parti à l’échelle nationale, ainsi que la préparation éditoriale, l’impression et la diffusion d’ouvrages sur la politique et le programme ouvriers.

Au cours de plus de 60 années au sein du parti, il a été un cadre et un dirigeant de huit branches dans six États, ainsi qu’un membre du syndicat des Travailleurs unis de l’automobile, de la Fraternité internationale des ouvriers en électricité et du syndicat des Machinistes. Il a été travailleur-correspondant pour cet hebdomadaire, le Militant.
« Dans toutes les tâches de direction qu’il entreprenait, a dit Barnes, personne n’était plus consciencieux. Mais Dave ne se retranchait jamais derrière l’excuse de la « division du travail » lorsqu’il voyait une opportunité politique non saisie ou un autre défi à relever. Je recevais une note succincte sur les enjeux pour le parti. Et quelques idées sur ce qu’il fallait faire à ce sujet. »
Presque tous les matins, a dit Barnes, il trouvait un courriel de Prince dans sa boîte de courriel. Selon Vivian Sahner, la compagne de Dave pendant des décennies, il n’était pas rare qu’il envoie une ou deux notes avant même d’avoir préparé le café du matin.
Ces notes, a ajouté Barnes, s’inspiraient souvent de la lecture approfondie que Prince faisait des classiques du marxisme : les œuvres de Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Lénine, Léon Trotsky, ainsi que Farrell Dobbs et d’autres dirigeants du SWP. Les extraits n’étaient jamais sans un objectif mûrement réfléchi. « Avec Dave, c’était de la politique à l’état pur, a dit Barnes. De la politique pratique pure. »
« Dave était toujours tourné vers ce qui venait dans la lutte des classes. » De plus en plus souvent aujourd’hui, a ajouté Barnes, ce qui vient, ce sont des manœuvres de guerre et des menaces militaires de la part des dirigeants impérialistes américains, aussi bien démocrates que républicains. C’est le produit de la crise capitaliste mondiale qui s’accroît et de la concurrence de plus en plus aigüe entre les puissances impérialistes et les autres régimes d’exploiteurs, de Beijing et Moscou à Téhéran. « C’est le résultat, a-t-il dit, de leur rivalité pour exploiter et contrôler les gisements de pétrole et d’autres ressources, les marchés lucratifs et la main-d’œuvre à bon marché. »
Barnes a raconté à l’assemblée que lorsqu’il s’est réveillé le 28 février en apprenant que Washington avait lancé une guerre contre l’Iran, il a tout de suite su que le Comité national du SWP devait publier une déclaration rapide exigeant : « États-Unis hors du Moyen-Orient ! » Mais pendant une minute ou deux, a-t-il dit, il s’attendait encore à recevoir un message de Dave dans sa boîte de courriel.
« “ Il n’y aura ni message ni coup de fil cette fois-ci, ” m’a rappelé un camarade. »
« Pour Dave, la question n’était jamais simplement de savoir ce qui allait se produire, » a dit Barnes. « C’était : que devons-nous faire ? C’était un ennemi mortel de la procrastination. »
« Le livre Que faire ? du dirigeant bolchevique Lénine n’était pas seulement un des livres préférés de Dave. Titre et contenu, cet ouvrage de 1902 était le guide pour travailler ensemble en tant que membres d’un parti centraliste révolutionnaire – un parti dont les membres, selon les mots de Lénine, sont des révolutionnaires professionnels, quel que soit ce qu’ils font pour gagner leur vie. C’est là que Lénine a expliqué le type de parti dont ont besoin les travailleurs à l’esprit révolutionnaire, ainsi que les responsabilités de ses membres.
« Dave s’efforçait d’être objectif avec chaque membre et partisan du parti ou toute autre personne avec qui il travaillait, a dit Barnes. Il n’y avait pas un gramme de malveillance ou de commérage en lui. »
Un mouvement, pas une doctrine
Prince était un lecteur vorace. « Il avait quelques ouvrages de prédilection auxquels il faisait souvent référence dans ses notes, a poursuivi Barnes. L’un d’entre eux datait des premières années de la collaboration entre Marx et Engels. C’était un article d’Engels publié en octobre 1847 et intitulé « Les communistes et Karl Heinzen ». Il a été écrit alors que les deux jeunes révolutionnaires rédigeaient le programme d’une nouvelle organisation ouvrière, la Ligue des communistes, à laquelle ils avaient été recrutés par un groupe de travailleurs révolutionnaires aguerris et originaires d’Allemagne, de France et d’ailleurs en Europe. « Je n’oublierai jamais l’énorme impression que ces trois hommes véritables ont eu sur moi alors que j’étais seulement en train de devenir un homme, » a écrit Engels quelque 40 ans plus tard.
Un radical bourgeois du nom de Karl Heinzen calomniait publiquement les communistes en disant qu’ils essayaient d’imposer des principes sectaires à la lutte plus large pour la liberté politique, au lieu de se joindre à elle. Barnes a dit que Prince adhérait sans réserve à la réponse d’Engels : « Le communisme n’est pas une doctrine, mais un mouvement ; il ne procède pas de principes, mais de faits. […] [C’est] la synthèse théorique des conditions de la libération du prolétariat. »

Deux mois plus tard, en décembre 1847, cette ligne de marche a officiellement été adoptée comme fondement du nouveau programme de l’organisation, aujourd’hui connu comme le Manifeste communiste.
Prince est également retourné à maintes reprises à l’ouvrage de Lénine intitulé L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, rédigé en 1916 au cours du premier carnage impérialiste mondial. Comme Prince nous l’a rapidement rappelé, cet ouvrage reste un guide essentiel pour les travailleurs ayant une conscience de classe qui veulent répondre à ce qui arrive dans le monde aujourd’hui – aussi bien l’attaque de Washington contre le Venezuela, son blocus énergétique brutal contre Cuba ou sa guerre contre l’Iran pour le pétrole et le pillage des ressources et des travailleurs du Moyen-Orient.
Aussi bien pendant la Première Guerre mondiale qu’aujourd’hui, alors que la classe dirigeante nous entraîne vers la Troisième Guerre mondiale, l’impérialisme n’est pas et ne sera jamais – pour reprendre les mots de Lénine – la « politique préférée du capital financier. » Ce n’est pas une politique. Ce n’est pas quelque chose qui peut être « réformé » par une aile « progressiste » des capitalistes, comme les « socialistes » de collaboration de classe de cette époque ou d’aujourd’hui tentent de faire croire aux travailleurs.
Contrairement à ce que Lénine qualifiait de « petite fable ridicule » en parlant d’un capitalisme plus « pacifique », ses guerres sont le résultat des « luttes violentes entre les États impérialistes » pour se partager et repartager le monde. Repartage, a dit Barnes, voilà d’où viennent les guerres. « Ce cycle ne peut être brisé qu’en construisant des partis ouvriers révolutionnaires capables de diriger avec succès la conquête du pouvoir par les travailleurs dans un pays après l’autre. Autrement dit, par les progrès de la révolution socialiste mondiale. »
Au cours de la dernière année, a dit Barnes, Prince était centralement impliqué avec d’autres dirigeants du parti dans la préparation d’une nouvelle édition d’En défense du marxisme – un recueil d’articles et de lettres de Léon Trotsky écrits entre 1939 et 1940, alors qu’il dirigeait au début de la Seconde Guerre impérialiste mondiale une lutte politique décisive au sein du SWP. Trotsky y discute comment construire une direction marxiste aux États-Unis, un parti révolutionnaire prolétarien – prolétarien tant dans son programme que dans sa composition de classe, son activité et ses normes organisationnelles.
Trotsky a expliqué pourquoi le SWP et les communistes du monde entier devaient appeler à la défense inconditionnelle de l’Union soviétique contre l’agression impérialiste, tout en menant une lutte politique sans concession contre le cours contre-révolutionnaire du mouvement stalinien mondial.
« À bien des égards, a dit Barnes, En défense du marxisme a été le document fondateur du Parti socialiste des travailleurs. » Les branches du SWP à travers le pays organisent présentement des cours pour l’étudier de la première à la dernière page. Prince a joué un rôle de premier plan au sein de sa branche du Nord du New Jersey pour lancer ces cours comme un exemple pour l’ensemble du parti.
Prince était aussi un matérialiste convaincu, a dit Barnes. « Il savait que nous sommes tous faits de « poussière d’étoiles », comme le disait une émission scientifique populaire des années 1980 à la télévision. « Dave considérait Mary-Alice Waters, une de nos présidentes aujourd’hui, comme sa partenaire dans la défense de la science contre les attaques des forces anti-ouvrières, tant à droite qu’au sein de la gauche « woke ». Mary-Alice a beaucoup écrit sur ce sujet pour le mouvement communiste, souvent pour expliquer et promouvoir la lutte pour l’émancipation des femmes. »
Intégrité et force de caractère
De nombreux points soulevés par Barnes dans ses remarques de clôture de la réunion avaient déjà été abordés par d’autres intervenants à partir de leur propre expérience avec Prince.
« Tous ceux qui ont connu Dave et travaillé avec lui reconnaissaient son intégrité et sa force de caractère, a dit Waters. Chaque fois que le parti était confronté à un défi particulier ou à une opportunité, Dave était le premier à t’appeler pour demander : « T’as besoin d’un coup de main ? »

« C’était un révolutionnaire aux centres d’intérêt très variés, a-t-elle dit : arts, sciences, littérature ou métiers industriels. Ces centres d’intérêt ont enrichi sa vie et renforcé sa confiance dans la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière de répondre à sa responsabilité historique, qui est de prendre le pouvoir politique et d’ouvrir la voie à un monde socialiste fondé sur la solidarité humaine. »
Waters a lu un message envoyé par la sœur et le frère de Prince, Judith Beyer et Daniel Prince. Dès son plus jeune âge, ont-ils écrit, son « amour de l’art et ses créations étaient liés à sa vision de l’histoire et du monde. Même à l’école secondaire, il était déjà un lecteur vorace des classiques politiques révolutionnaires. » Dave, ont-ils ajouté, « a fait beaucoup de choses dans la vie et il était doué pour toutes : artiste, outilleur-ajusteur, écrivain, organisateur et dirigeant politique. »
Norton Sandler, un dirigeant du SWP, a dit que Dave Prince regardait le monde d’aujourd’hui comme faisant partie de l’histoire, sachant que « l’histoire n’est jamais statique. Le monde change continuellement. » Il a ajouté avoir travaillé étroitement avec Prince « lorsque Dave était le directeur financier national du parti et lorsqu’il dirigeait l’imprimerie et le centre de distribution de livres du parti dans le quartier West Side de New York. Il a organisé ce travail avec le professionnalisme prolétarien qui a marqué chaque aspect des activités entreprises par les dirigeants du SWP. Il se souciait de la vie, de la santé et du bien-être de chaque cadre avec qui il travaillait. »
Avec l’avènement de l’impression numérique, a expliqué Sandler, Prince a joué un rôle central dans la transformation de la production et de la distribution des livres écrits par des dirigeants communistes et révolutionnaires. L’objectif était d’optimiser l’utilisation des cadres et des ressources financières du parti, tout en conservant les normes politiques et d’impression de haut niveau pour lesquelles les éditions Pathfinder étaient connues depuis longtemps. Entre autres, ceci a compris le déménagement du centre de distribution international vers une installation à Atlanta, où les tâches quotidiennes sont organisées et accomplies par une équipe entièrement bénévole composée de partisans du parti.
Guerre, haine des Juifs et révolution
Une exposition de photos illustrant les expériences de Prince et sa contribution au parti et au mouvement ouvrier a été un centre de discussion pendant la réception et le délicieux repas chaud préparé par les membres et partisans du parti à New York et au New Jersey. Après le programme, un dessert a été servi.
Composée de plusieurs panneaux, l’exposition a retracé le parcours de Prince depuis sa participation à une délégation de l’Alliance des jeunes socialistes à Cuba en 1969 durant les premières années de la révolution socialiste jusqu’à son travail dans le parti au cours de la dernière année. Elle a entre autres souligné le rôle de direction politique joué par Prince dans les activités du SWP dans la lutte contre la haine des Juifs à travers le monde et la défense du droit d’Israël d’exister en tant que refuge pour les Juifs.
Ce travail est devenu particulièrement urgent après le pogrom du 7 octobre 2023 en Israël, perpétré par le Hamas et d’autres escadrons de la mort avec le plein soutien du régime capitaliste de Téhéran.

Quelques mois après cette attaque réactionnaire visant à déclencher une guerre pour détruire Israël et lancer un nouvel Holocauste, le SWP était dans la rue, aux portes des quartiers ouvriers et à des événements politiques pour faire campagne avec le livre La lutte contre la haine des Juifs et les pogroms à l’époque impérialiste : les enjeux pour la classe ouvrière internationale, édité sous la direction de Prince et avec un premier chapitre écrit par lui. Le livre rassemble des écrits des dirigeants communistes Vladimir Lénine, Léon Trotsky, James P. Cannon, Farrell Dobbs et Jack Barnes. Quelque 5 000 exemplaires en ont déjà été vendus.
Dans l’un des plus de 30 messages écrits en hommage à Prince, Rachele Fruit, candidate du SWP à l’élection présidentielle de 2024, a souligné à quel point ses conseils politiques sur cette question et bien d’autres avaient été importants pour elle. « Qu’il en ait eu conscience ou pas, a-t-elle écrit, Dave a marché à mes côtés tout au long de la campagne présidentielle de 2024. »
En termes clairs et sans équivoque, a dit Fruit, Prince expliquait qu’à l’ère impérialiste, « la haine des Juifs est un problème mondial, pas seulement un problème du Moyen-Orient. » Et que la haine des Juifs « n’est pas éternelle, mais une question de classe, » une question ouvrière. Elle occupe une place permanente dans la défense par les États-Unis et les autres familles dirigeantes impérialistes dans le monde entier de la loi de la jungle du capitalisme face à la résistance de la classe ouvrière et des autres producteurs exploités.
Fruit a souligné l’explication donnée par Prince sur pourquoi le message de Trotsky aux Juifs en 1938 restait tout aussi pertinent aujourd’hui qu’au moment où il a été écrit. « Aujourd’hui plus que jamais, a dit Trotsky, le sort du peuple juif – non seulement politique, mais physique – est indissolublement lié à la lutte émancipatrice du prolétariat international. »
Ces points ont été renforcés par les remarques de Lea Sherman, qui a collaboré avec Prince ces dernières années au sein de la branche du SWP à Union City dans le New Jersey. Non seulement, a-t-elle dit, Prince a aidé à diriger les discussions de la branche sur toutes sortes de questions politiques afin d’orienter ses campagnes et ses activités au sein du mouvement de masse. Mais lors de présentations dans des conférences internationales annuelles organisées par le SWP, y compris dans un cours présenté en 2021 conjointement avec Sherman, Prince a insisté sur « le rôle central de la lutte contre la haine des Juifs dans la construction de partis révolutionnaires capables de mener la classe ouvrière et nos alliés à la conquête du pouvoir politique. »
Un dirigeant du travail international
Des présentations et des messages à la célébration de la vie politique de Prince ont souligné sa collaboration avec des camarades d’organisations communistes d’autres pays.
Philippe Tessier, un dirigeant de la Ligue communiste au Canada, a rappelé que Prince, en compagnie de Mary Martin, la directrice du travail syndical du SWP, s’étaient rendus à Montréal « pour travailler avec nous en novembre 2019 lors de la grève de 3 000 chefs de train du Canadien National à travers le pays. » Leur collaboration, a-t-il dit, a permis au parti de « mobiliser l’ensemble de ses membres pour participer à cette lutte. »

« Chaque fois que Dave venait pour des réunions, a dit Tessier, il insistait pour passer du temps avec moi et mes compagnons de travail, ainsi qu’avec d’autres personnes intéressées par le mouvement communiste. Toujours avec un œil sur le recrutement. Ce partage d’expériences nous a aidés, moi et d’autres de ma génération, à continuer à agir en nous appuyant sur la continuité politique marxiste de plus d’un siècle dont nous faisons partie. »
Dans un message au nom de la Ligue communiste en Australie, Linda Harris a décrit l’aide apportée par Prince aux démarches entreprises dans cette région du Pacifique en 2022 pour fusionner avec les communistes en Nouvelle-Zélande et former un parti unique basé en Australie. Leur objectif était de tirer parti des ouvertures politiques dans la région indo-pacifique dans un contexte de rivalités économiques de plus en plus vives et d’intensification des conflits entre Washington et Pékin. En compagnie de Steve Penner de la Ligue communiste au Canada, Prince a participé à deux voyages de délégations de direction qui ont collaboré avec les camarades de cette région du monde pour établir sur des bases solides la nouvelle organisation issue de la fusion.
À la réunion de New York, Jonathan Silberman a pris la parole au nom de la Ligue communiste au Royaume-Uni. La direction du SWP avait aidé à la fondation de la Ligue en 1988, a-t-il dit. Chaque fois qu’il travaillait avec nous, l’approche de Prince « consistait à mettre à contribution la continuité vivante du marxisme dans la construction du parti. » L’exemple que Prince a donné, a dit Silberman, dans « la relation entre le programme, l’organisation du parti, le fonctionnement discipliné et les valeurs humaines a été déterminant. »
Leçons de direction ouvrière
Parmi les tâches politiques auxquelles Prince s’est consacré dans les derniers mois de sa vie, il y avait les préparatifs d’une campagne du SWP pour lancer et promouvoir le nouveau livre des éditions Pathfinder, Cuba et la guerre d’indépendance en Guinée-Bissau et du Cap-Vert : la chute du dernier empire colonial en Afrique du dirigeant révolutionnaire cubain Víctor Dreke. Ce livre décrit la lutte pour la libération du joug colonial portugais dirigée par Amílcar Cabral, dont les qualités de dirigeant – très appréciées par le dirigeant cubain Fidel Castro – sont riches d’enseignements pour les luttes menées par les travailleurs et les opprimés du monde entier. Le livre retrace également la solidarité des combattants volontaires cubains qui ont participé à cette lutte.
Sam Manuel, membre de longue date de la branche d’Atlanta du SWP et son candidat en Géorgie au Sénat des États-Unis, a décrit à la réunion de New York sa récente collaboration avec Prince pour lancer ce travail lors du congrès annuel de l’Association des études africaines en novembre dernier. Manuel a organisé l’équipe qui y a animé le kiosque des éditions Pathfinder, alors que Prince assumait la responsabilité nationale pour la participation du parti à ce type de conférence. En accordant une attention particulière au livre – qui n’était pas encore paru – les membres et partisans du parti ont fini par vendre neuf exemplaires en prévente, même s’il n’avait pas encore été publié !
De 1989 au début des années 1990, Sam Manuel a été le dirigeant du parti chargé d’organiser un vaste projet de fresque murale représentant des dirigeants révolutionnaires du monde entier, dont beaucoup étaient des auteurs publiés par les éditions Pathfinder. Cette fresque géante a été peinte sur un mur du bâtiment de six étages des éditions Pathfinder à l’époque, situé à quelques mètres de l’autoroute West Side et de la rivière Hudson à Manhattan. Quatre-vingts artistes venus de 20 pays se sont portés volontaires pour réaliser la murale. Les portraits comprenaient ceux d’Amílcar Cabral, réalisé par l’artiste néo-zélandais John Walsh, et du leader indépendantiste congolais Patrice Lumumba, réalisé par Sam Manuel lui-même.
« Dave s’intéressait vivement à la fresque, » a dit Manuel. Et pour faire connaître le plus largement possible le nouveau livre de Dreke, Prince et Manuel avaient discuté écrire un article pour le Militant sur la murale Pathfinder et le portrait de Cabral, un article en préparation pour un prochain numéro. L’article fera également la promotion de l’affiche en couleur de la fresque, disponible sur le site web des éditions Pathfinder.
Holly Harkness, coordinatrice du centre de distribution de Pathfinder à Atlanta, a aussi pris la parole. « J’ai participé, a-t-elle dit, au lancement par le SWP en 1998 d’une organisation auxiliaire de partisans du parti pour l’aider à produire et promouvoir les livres et les autres documents dont il a besoin et pour aider à financer l’expansion du travail du parti. » Prince a joué un rôle clé en aidant les partisans à « établir et maintenir les normes et les standards de ce travail. Il a placé ces normes dans la perspective politique qui rendait notre travail si important. »
Dans un message écrit, Susan LaMont, organisatrice de la branche du SWP à Atlanta, a souligné un précieux effet secondaire des fréquentes visites de Prince pour collaborer avec le centre de distribution d’Atlanta. « Il se portait souvent volontaire pour prendre la parole au Forum ouvrier du Militant » lorsqu’il venait, a-t-elle dit. Et comme dans d’autres branches, « Dave a également travaillé avec nous pour clarifier de nombreuses questions politiques et de construction du parti. »
« Nous nous considérions comme une branche plutôt chanceuse. »
« La prunelle de ses yeux »
Dans sa conclusion, Jack Barnes a brièvement décrit une visite qu’il a faite à Dave et Vivian à l’hôpital où il était soigné.
Comme on pouvait s’y attendre, a-t-il dit, avant toute chose, Dave a tenu à parler d’un passage de L’impérialisme de Lénine qu’il estimait à juste titre éclairer l’escalade militaire du gouvernement des États-Unis au Moyen-Orient. C’était plusieurs semaines avant que Washington ne lance sa guerre aérienne totale contre l’Iran.
« Nous avons discuté de l’importance de la lutte d’Israël pour empêcher les dirigeants iraniens d’acquérir des armes nucléaires et accroître leur arsenal de missiles balistiques et de drones. Et de la revendication inconditionnelle du parti : Impérialisme US, hors du Moyen-Orient ! »
Prince suivait également avec grand intérêt les grèves menées par quelque 15 000 infirmières de trois grandes sociétés hospitalières de New York.
Et bien sûr, a ajouté Barnes, Prince voulait savoir comment allaient le travail et les campagnes du parti et du mouvement international.
« Dave était un patient singulier à bien des égards. » Les médecins et les infirmières n’avaient jamais rencontré de personnes comme Dave et Vivian. « Tous deux avaient aménagé la chambre de Dave pour y loger une petite bibliothèque qui grandissait. Et les pastels et autres outils de dessin de Dave. Ce qui était moins inhabituel, c’était la télévision dans la chambre pour regarder le football universitaire. Vivian est une fervente partisane des Tide de l’université d’Alabama. Go, Tide, Go ! Viva Vivian ! »
Prince s’intéressait à l’époque à l’exposition d’œuvres de l’artiste cubain Wifredo Lam au Musée d’art moderne de New York. « C’était lié à un travail qu’il faisait, a dit Barnes, nous nous sommes donc procuré un exemplaire du catalogue de l’exposition pour lui. Celui-ci a pris place à côté des écrits sur l’art et la littérature de Marx et Engels, de Lénine et de Trotsky. »
Barnes a conclu en rappelant l’introduction que Prince a écrite en 2020 pour une nouvelle édition de La question juive : une interprétation marxiste d’Abram Léon – une description de l’émergence et de la transformation de la haine des Juifs depuis l’Antiquité jusqu’au triomphe du nazisme en Allemagne. L’auteur était un jeune dirigeant du Parti communiste révolutionnaire en Belgique, qui a été capturé par la Gestapo en 1944 et tué dans les chambres à gaz d’Auschwitz.
Depuis sa première publication en français en 1946, puis en anglais en 1950 par le prédécesseur de Pathfinder, le livre de Léon contient une « esquisse de biographie » de l’auteur par Ernest Mandel. Mandel était le seul dirigeant survivant du PCR à avoir connu Léon et à avoir travaillé étroitement avec lui dans les années 1940. C’est pour cette raison, a dit Barnes, que « Pathfinder a décidé de conserver ce texte en annexe de la nouvelle édition. »
Barnes a expliqué qu’il soulevait cette question parce qu’il avait été frappé par le contraste entre les valeurs et les traits de caractère qu’Ernest Mandel présente comme un modèle pour les révolutionnaires, et ceux reconnus et admirés par tous ceux qui ont connu et travaillé avec Dave Prince.
Dans les derniers paragraphes de l’esquisse biographique, Mandel écrit que de nombreux lecteurs pourraient se demander pourquoi Léon et d’autres comme lui – « parmi les plus doués de l’intelligentsia européenne », selon les termes de Mandel – « choisirent pour lutter un mouvement qui ne pouvait leur promettre ni succès facile, ni gloire, ni honneurs, ni même un minimum d’aisance matérielle mais qui au contraire exigea d’eux tous les sacrifices, y compris celui de leur vie, en un long et ingrat travail et souvent dans un isolement douloureux de ce prolétariat auquel ils voulurent tout consacrer. »
« C’est tout le contraire de la façon dont Dave se voyait, » a dit Barnes.
« Pour Dave, le parti a offert à lui et à ses camarades la plus magnifique opportunité imaginable d’être des révolutionnaires qui luttaient pour les intérêts de la classe ouvrière internationale. Le Parti socialiste des travailleurs était la prunelle de ses yeux, l’instrument vivant qui le reliait à cette continuité révolutionnaire, à ce cours marxiste du passé, du présent et du futur.
« Loin d’être un “travail ingrat”, a dit Barnes, Dave le considérait comme indispensable pour construire le parti prolétarien dont des dizaines et des centaines de millions de travailleurs ont besoin pour mener la lutte révolutionnaire pour le pouvoir politique et un monde socialiste. »
Le programme s’est conclu par un appel que Dave Prince aurait considéré comme essentiel dans tout événement de ce type : Contribuez aussi généreusement que possible au travail du SWP. Plus de 23 000 $ US (30 700 $ CA / 19 800 euros) ont été recueillis.

