Les travailleurs n’ont aucun intérêt à soutenir les guerres commerciales de leurs dirigeants

Beatrice Bowen
le 21 septembre 2026
Des agents de bord d’Air Canada font du piquetage à l’aéroport de Toronto en août 2025. Ils ont défié un ordre de retour au travail du gouvernement et fait des gains. Les travailleurs doivent lutter pour leurs propres intérêts et non ceux des patrons.
MILITANT/TONY DIFELICEDes agents de bord d’Air Canada font du piquetage à l’aéroport de Toronto en août 2025. Ils ont défié un ordre de retour au travail du gouvernement et fait des gains. Les travailleurs doivent lutter pour leurs propres intérêts et non ceux des patrons.

MONTRÉAL — « Lorsque les acrimonieuses négociations commerciales entre Washington et Ottawa ont échoué le 21 août, le premier ministre du Canada Mark Carney a déclaré : “Nous sommes en guerre.” Ce n’était pas tout à fait une exagération, » a dit Steve Penner, organisateur de la Ligue communiste au Canada, lors d’un Forum ouvrier du Militant qui s’est tenu ici le 29 août.

Les syndicats doivent cesser de soutenir Ottawa dans ce conflit entre le Canada et Washington, a-t-il ajouté, et se vouer plutôt à la défense des travailleurs contre les attaques croissantes des dirigeants capitalistes canadiens contre les travailleurs, les syndicats et nos droits politiques.

Washington cherche à raffermir la domination économique et politique mondiale en déclin de l’impérialisme américain. La puissance militaire écrasante des dirigeants US, c’est ce qui soutient les exigences qu’ils adressent aux capitalistes non seulement du Canada, mais aussi de l’Allemagne, de la France, du Japon, de la Chine et d’ailleurs. « Les dirigeants américains, a dit Penner, cherchent avant tout à dominer et à exploiter ce qu’ils ont proclamé être “leur” hémisphère — les Amériques. »

S’exprimant au nom des patrons et des banquiers américains, le président Donald Trump a affirmé que les États-Unis doivent « posséder » le Groenland, annexer en tout ou en partie le Canada comme leur 51e État et reprendre le contrôle du canal de Panama. Les puissances capitalistes d’Europe, d’Asie et d’ailleurs sont impliquées dans le même genre de conflits pour les marchés, les ressources et la main-d’œuvre.

Après l’échec des négociations commerciales, Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur environ 28 milliards de dollars canadiens [20 milliards de dollars US] de produits fabriqués au Canada. « Les États-Unis essaient de nous briser afin de nous dominer, » a déclaré Carney. Ottawa a répondu en annonçant des taxes à l’importation à peu près équivalentes sur les exportations américaines vers le Canada, notamment l’acier, le fer et l’aluminium. Trump a riposté en annonçant que les États-Unis avaient rebaptisé le lac Ontario « lac Amérique ».

« Alors qu’Ottawa et Washington intensifient leur guerre commerciale et leurs préparatifs pour de nouveaux conflits armés, a dit Penner, ils essaient de monter les travailleurs des deux pays les uns contre les autres et contre les travailleurs des autres pays. Ottawa a convaincu de hauts responsables syndicaux de siéger au comité consultatif de Carney sur la guerre commerciale avec Washington, aux côtés des patrons qui nous exploitent. »

Les dirigeants impérialistes du Canada et leurs parasites dans la petite bourgeoisie méritocratique travaillent d’arrache-pied pour mousser le chauvinisme canadien anti-américain. La ministre de l’Industrie Mélanie Joly a appelé les entreprises et les consommateurs à n’acheter que des produits canadiens dans le cadre d’un mouvement de « résistance » plus large contre leur principal rival au sud de la frontière.

La première ministre du Québec, Christine Frechette, va encore plus loin en prônant l’achat de produits fabriqués par des patrons québécois. Elle affirme qu’il ne s’agit pas simplement d’une décision économique, mais d’une question de « patriotisme ». Elle dit que son parti va placer la guerre contre Trump au cœur de la campagne pour sa réélection lors des élections d’octobre.

Le fléau de la collaboration de classe

« Nous appuyons le premier ministre et l’équipe de négociation du Canada, » a déclaré aux médias Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada. « Nous sommes tous dans le même bateau. » Le Canada doit riposter dollar pour dollar aux droits de douane de Trump, a-t-elle ajouté. « L’heure est venue que les gouvernements, les travailleuses et travailleurs, les syndicats, les entreprises et les collectivités se serrent les coudes pour défendre les emplois canadiens et bâtir une économie canadienne plus forte et plus indépendante. »

« Les appels lancés par Bea Bruske et d’autres hauts dirigeants syndicaux pour que les travailleurs canadiens se joignent aux patrons de ce pays et à leur gouvernement pour lutter contre les menaces de Trump sont un problème bien plus grave pour les travailleurs d’ici que les droits de douane américains, a souligné Penner. Les dirigeants capitalistes du Canada vantent les mérites de la collaboration de classe, mais leur seule option pour tenter de défendre et renforcer leur position face à la crise mondiale croissante du capitalisme, c’est d’intensifier leurs attaques contre les travailleurs.

« L’anti-américanisme est un pilier central du nationalisme canadien, a poursuivi Penner, ce qui reflète le fait que les capitalistes US constituent le principal et le plus redoutable adversaire des capitalistes canadiens. Mais les travailleurs américains ne sont pas les ennemis de la classe ouvrière du Canada. Ils sont notre allié potentiel le plus important et le plus puissant, tandis que les patrons canadiens et américains sont notre ennemi commun.

« Au lieu de se joindre à “l’Équipe Canada” de Carney dans sa guerre commerciale, a ajouté Penner, les syndicats devraient mobiliser les travailleurs pour défendre nos propres intérêts de classe, en particulier notre droit de grève qui est aujourd’hui l’objet d’attaques féroces de la part d’Ottawa et des gouvernements provinciaux.

« Nous devons nous battre pour unifier la classe ouvrière en nous opposant aux attaques d’Ottawa contre les immigrants, dont il fait des boucs émissaires et qu’il expulse par milliers. Et nous devons être solidaires des travailleurs partout au Canada et dans le monde qui se battent pour leurs droits. »

Au cours de la période de discussion, Joe Young, le candidat maintenant officiellement inscrit de la Ligue communiste dans la circonscription de Saint-Laurent aux élections du 5 octobre au Québec, a expliqué qu’il revenait d’une ligne de piquetage de travailleurs de l’éducation à Cornwall, en Ontario, contre des menaces de coupures. Ces travailleurs avaient pris part à la grève militante victorieuse qui a eu lieu dans toute la province en 2022 et avaient alors défié un ordre de retour au travail. « On a pu voir, a dit Young, à quel point leur participation à une lutte aussi déterminée rend aujourd’hui ces travailleurs ouverts à l’approche de lutte de classe que prône la Ligue communiste sur toutes les questions, y compris les guerres commerciales.

« La position courageuse des travailleurs de l’éducation de l’Ontario et le refus l’an dernier des agents de bord d’Air Canada de respecter un ordre de retour au travail ont inspiré tous les travailleurs. Ce précédent a contribué au succès de la grève combative d’une journée menée ce mois-ci par les 4 400 agents de bord de WestJet membres du Syndicat canadien de la fonction publique. Ces travailleurs ont obtenu une augmentation salariale de plus de 18 % sur trois ans et, pour la première fois, ils seront partiellement payés pour le travail qu’ils effectuent au sol.

« Notre campagne, a ajouté Joe Young, explique que les travailleurs doivent rompre avec les patrons et former notre propre parti politique, un parti qui luttera pour prendre le pouvoir politique. C’est la voie à suivre pour défendre les intérêts de classe des travailleurs et de tous les producteurs exploités. »