POINT DE VUE

Les dirigeants du Canada se servant de leur État pour attaquer le droit de grève des syndicats

Steve Penner
le 17 août 2026
Le 26 juillet, Mathieu Klein, à gauche, capitaine de grève des travailleurs de Métro, explique à?Craig Honts, candidat du Parti socialiste des travailleurs au Congrès du New Jersey,?que le gouvernement du Canada appuie les patrons
Militant/Steve PennerLe 26 juillet, Mathieu Klein, à gauche, capitaine de grève des travailleurs de Métro, explique à?Craig Honts, candidat du Parti socialiste des travailleurs au Congrès du New Jersey,?que le gouvernement du Canada appuie les patrons

MONTRÉAL – Des membres de la Ligue communiste au Canada et du Parti socialiste des travailleurs (SWP) aux États-Unis se sont récemment rendus sur les lignes de piquetage des 550 employés en grève des entrepôts des supermarchés Métro à Laval, juste au nord de Montréal, ainsi que des 105 salariés de Siemens Electric en lock-out à Trois-Rivières, afin de leur apporter leur solidarité et de couvrir leurs luttes pour le Militant. Les travailleurs nous ont expliqué comment le gouvernement au service des patrons, ses tribunaux et ses commissions des relations de travail sont utilisés contre les travailleurs et nos syndicats pour tenter de faire échouer nos efforts pour obtenir des salaires qui suivent le rythme de l’inflation.

Dès les premiers jours de la grève, Métro a obtenu une injonction interdisant aux travailleurs de manifester à moins de 5 mètres des entrées de ses locaux.

Leur syndicat, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des épiciers unis Métro-Richelieu, affilié à la Confédération des syndicats nationaux, a par la suite déposé une plainte auprès du Tribunal du travail du Québec pour recours illégal à des briseurs de grève par l’entreprise.

« Même si le tribunal s’est prononcé en notre faveur en avril », nous a dit Mathieu Klein, capitaine de grève, « il n’a rien fait pour faire appliquer sa décision. Ça montre que le gouvernement est du côté des patrons, pas des travailleurs. »

« Vous avez raison sur qui le gouvernement soutient », a répondu Craig Honts, candidat du SWP au Congrès du New Jersey. « Le gouvernement n’est pas seulement du côté des patrons, c’est le principal instrument dont se sert la classe capitaliste pour protéger ses intérêts, avec ses tribunaux, ses commissions des relations de travail, ses forces de police et ses autres institutions. C’est pour ça que les travailleurs ont besoin de leur propre parti pour lutter pour leur propre gouvernement et mettre au pouvoir une classe différente de celle des dirigeants capitalistes, tant au Canada qu’aux États-Unis. »

Lors d’une visite de solidarité le 28 juillet à la ligne de piquetage des travailleurs de Siemens mis en lock-out depuis le 15 avril, Stéphane Côté, un membre du syndicat des Métallos, m’a expliqué qu’ils étaient confrontés exactement aux mêmes tactiques antisyndicales que les grévistes de Metro.

Quelques jours après le lock-out imposé par Siemens, l’entreprise a obtenu une injonction contre la ligne de piquetage. Des juges complaisants acceptent régulièrement les demandes des entreprises pour obtenir des injonctions antisyndicales. Ces décisions ouvrent la porte au recours aux briseurs de grève par les patrons, comme le font actuellement Metro et Siemens.

Le droit des travailleurs de faire la grève et d’établir des lignes de piquetage

Lorsque les travailleurs retirent leur force de travail dans le cadre d’une grève, des lignes de piquetage efficaces sont nécessaires pour empêcher les patrons de recourir à des briseurs de grève et maintenir la production dans le but de forcer les travailleurs à accepter des salaires et des conditions de travail inférieurs.

En 1977, le gouvernement du Québec a adopté une loi interdisant le recours à des travailleurs de remplacement pendant une grève. Mais cette loi n’est pratiquement jamais appliquée.

Les syndicats de Métro et de Siemens ont déposé des plaintes contre les deux entreprises pour recours à des briseurs de grève. Les inspecteurs du ministère du Travail ont reconnu que les deux entreprises avaient enfreint la loi, mais le Tribunal du travail n’a rien fait pour les en empêcher jusqu’à ce jour.

Il a fallu 14 mois après le début d’une grève en décembre 2024 par les employés de deux magasins de la chaîne Renaud-Bray à Québec – la plus grande chaîne de librairies au Québec – pour que le Tribunal du travail finisse par imposer à l’entreprise une amende dérisoire de 7 000 dollars canadiens. De telles sanctions sont « des pinottes pour les grosses entreprises », a dit Stéphane Côté.

Les patrons « condamnés par les tribunaux comme Blaise Renaud [propriétaire de Renaud-Bray] peuvent multiplier leurs manœuvres antisyndicales et bafouer les droits des travailleurs sans craindre de réelles conséquences », a déclaré le 27 juin Katia Lelièvre, vice-présidente de la CSN, dans un communiqué.

Au Canada, aux États-Unis et dans tous les autres pays capitalistes, les travailleurs sont confrontés à des attaques croissantes contre le droit de grève, qui nous sert à défendre nos intérêts de classe. Au cours des deux dernières années, le gouvernement fédéral à Ottawa s’est servi de son Conseil canadien des relations industrielles pour déclarer illégales la quasi-totalité des grèves majeures relevant de sa compétence – notamment celles des cheminots, des débardeurs, des postiers et des agents de bord d’Air Canada.

Les agents de bord ont montré la voie à suivre en défiant l’ordre de retour au travail, en maintenant leurs lignes de piquetage et en remportant des gains importants dans leur lutte.

Comme tous les gouvernements capitalistes, les dirigeants canadiens à Ottawa et provinciaux à Québec prétendent gouverner dans l’intérêt de la « population ». C’est une supercherie totale.

Ils n’agissent qu’au nom d’une seule chose : les intérêts de classe de la poignée de familles capitalistes milliardaires qui dirigent l’économie et contrôlent le gouvernement.

Les travailleurs doivent cesser de compter sur les dirigeants capitalistes, leurs gouvernements et leurs partis politiques, et construire notre propre parti ouvrier capable de lutter pour défendre nos intérêts de classe et prendre le pouvoir politique. La Ligue communiste est l’avant-garde d’un tel parti.

Nous pouvons faire avancer ce combat en nous joignant aux lignes de piquetage des grévistes de Métro et des travailleurs de Siemens en lock-out qui se battent contre le recours des patrons aux injonctions et aux briseurs de grève pour s’opposer à leur combat légitime pour des salaires décents, et en nous opposant aux attaques d’Ottawa et de Québec contre le droit de grève.

François Bradette a contribué à cet article.