Les mineurs de sel de l’Ontario repoussent les attaques des patrons par leur grève de douze semaines

Par Beverly Bernardo
le 30 juillet 2018

GODERICH, Ontario — Les mineurs de sel en grève sont retournés au travail le 18 juillet après avoir accepté une nouvelle convention deux jours plus tôt. Les patrons de Compass Minerals ont été forcés de se présenter à la table de négociation, après que les grévistes ont organisé avec détermination de fortes actions de masse avec le soutien actif d’agriculteurs locaux, qui ont empêché la compagnie de déployer des briseurs de grève pour casser la grève.

Les grévistes, membres de la section locale 16-O d’Unifor se sont massés à l’extérieur de la mine le 4 juillet et ont érigé une barricade de palettes de bois sur la route pour empêcher les autobus de transporter des travailleurs de remplacement. L’entreprise avait amené ces briseurs de grève par avion.

Lorsque le tribunal a ordonné aux grévistes d’enlever les palettes, ils ont obtempéré. Mais ils se sont tournés vers la solidarité des agriculteurs locaux, qui ont apporté des tracteurs pour bloquer la route, ont maintenu la barricade et piégé les briseurs de grève à l’intérieur. Beaucoup de grévistes viennent de familles agricoles. Lorsque le syndicat a lancé l’appel à l’aide, le premier tracteur est arrivé en une demi-heure.

« La solidarité et le soutien que nous avons reçus de notre ville et de centaines de sœurs et frères du mouvement syndical ont fait toute la différence, » a déclaré après le vote Gary Lynch, président de la section locale 16-O d’Unifor.

« Merci d’avoir donné une leçon aux briseurs de grève et de faire réapprendre au mouvement syndical que la seule façon de faire les choses, c’est de tout fermer, » a dit aux grévistes et à leurs partisans le président national du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Mike Palacek, lors d’un événement pour les enfants des grévistes sur la ligne de piquetage devant la mine le 13 juillet.

La grève a commencé le 27 avril après que les 348 mineurs ont rejeté la demande de concessions importantes des patrons qui auraient entraîné des conditions de travail dangereuses et insoutenables et auraient nui à la qualité de vie après le travail.

« Nous sommes en grève parce que la compagnie veut imposer des quarts de travail de 12 heures – quatre heures supplémentaires obligatoires chaque jour, ce qui veut dire 60 heures par semaine – et 72 heures toutes les quatre semaines, » a dit au Militant Mike Baer, un ouvrier qui travaille dans le puits de la mine depuis 30 ans. « Et ils visent aussi les pensions et les avantages sociaux. »

La compagnie a tenté de faire plier les travailleurs en leur offrant un pot-de-vin insultant de 10 000 $. Un travailleur l’a appelé « une carotte pourrie, » parce que le paiement était sous condition d’atteindre des niveaux de production pratiquement impossibles.

Le contrat de trois ans que les travailleurs ont sanctionné inclut une augmentation de salaire de 2,5 pour cent en 2018 et 2019 et de 3 pour cent en 2020. Il maintient les pensions et les avantages que les travailleurs ont gagné dans le passé et que les patrons ont tenté de couper. Les patrons ont retiré leur revendication pour le temps supplémentaire obligatoire. En même temps, les travailleurs ont accepté de permettre à la compagnie de demander au gouvernement de l’Ontario la permission d’imposer la semaine de travail de 60 heures sur certains quarts de travail. Certains travailleurs ont dit qu’ils n’aimaient pas le nouveau contrat. « Je ne dis pas que nous sommes d’accord sur toute la ligne, mais nous serons de retour au travail, » a dit Gary Lynch.

Certains grévistes ont une longue tradition de dizaines d’années de luttes syndicales pour établir ce que les patrons ont tenté de démolir. C’est le cas de l’opérateur de chargement Bruce Uttley, dont le cinquantième anniversaire à la mine est le 26 juillet. Engagé à l’ouverture de la mine, il a fait partie de 11 grèves et était déterminé à lutter dans celle-ci avant de prendre sa retraite.

Le soutien à la grève était « écrasant »

« Je soutiens la section locale 16-O d’Unifor des travailleurs de la mine Goderich, » pouvait-on lire sur des pancartes qui poussaient sur les pelouses de cette ville de 8000 habitants. Kay Edward, une membre de la section locale1427 du Syndicat canadien de la fonction publique, avait une pancarte sur son terrain. Elle a dit qu’elle « soutient ses frères et ses sœurs qui sont là-bas. Ils ne devraient pas avoir à accepter les revendications de la compagnie. »

Mandy Powell, une travailleuse de conseil scolaire, dont le mari et tous ses frères travaillent à la mine, affirme que le soutient que les syndicalistes ont reçu était « écrasant » et que « chaque geste était grandement apprécié. »

Moi, qui écrit cet article et qui travaille à Walmart, ai reçu un accueil chaleureux avec la carte de solidarité que j’avais apportée et que 10 travailleurs de deux magasins de Montréal avait signée.

« Nous avons reçu du soutien de partout au Canada, avec des dons de toutes sortes, a dit Mike Baer. Samedi dernier, j’ai rencontré des membres d’Unifor de Colombie-Britannique et de Terre-Neuve, délégués par leurs propres sections locales pour venir ici. Nous avons aussi accueilli sur la ligne un autobus plein d’assistants de recherche en grève de l’université York, des membres du Syndicat canadien de la fonction publique qui travaillent à Children’s Aid et des infirmières. »

« J’ai eu à peine une heure et demie pour décider si j’allais venir ou non, » a dit Cheryl Gignac, une membre de la section locale 24 d’Unifor qui travaille chez Greenshield à Windsor. « J’ai commencé par refuser. Puis j’ai pensé à l’importance de ce que les mineurs font et le respect que j’ai pour le représentant syndical qui m’a demandé d’y aller. Alors j’ai changé d’idée et je suis venue. Je n’ai jamais fait quoi que ce soit de tel dans ma vie, et je suis contente de l’avoir fait. »